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TENDANCES
MONÉTAIRES ET FINANCIÈRES
AU SECOND SEMESTRE DE 2010
AU cours des
années 2000, la position financière extérieure de lAlgérie
sest nettement consolidée, mais léconomie nationale reste
structurellement ouverte sur le reste du monde et dépendante
à légard des hydrocarbures. Cette dépendance fait que la
balance commerciale avec lextérieur est de facto vulnérable
aux chocs externes, eu égard à la variabilité du prix du
baril de pétrole voire même une volatilité en la matière.
Contrairement aux décennies passées, la solidité de la
position financière extérieure nette de lAlgérie des années
2000 a permis de faire face à limportant choc externe de
lannée 2009 qui a engendré une contraction substantielle
des ressources.
Aussi, avant de présenter les principaux résultats de
lanalyse des indicateurs macro-financiers de léconomie
nationale du second semestre 2010, il est nécessaire de
brosser à grands traits les principales tendances de
lenvironnement économique international.
La reprise de léconomie mondiale en 2010, quoiquà un
rythme plus modéré au second semestre, a été tirée
principalement par la forte reprise dans les économies
émergentes dAsie (9,5 % contre 7,2 % en 2009) en contexte
de demande intérieure robuste et de fort rebond des échanges
internationaux (12,1 % contre -10,9 % en 2009). A cela sest
associée une inflation forte, notamment en Chine et en Inde,
sous leffet de la forte augmentation des prix des produits
de base et ce, en contexte de croissance rapide du crédit à
léconomie et de persistance de la hausse des prix des
actifs liée en partie aux entrées de capitaux. Au Brésil,
par exemple, le niveau des anticipations inflationnistes est
déjà élevé, pendant que le crédit per capita a doublé sur
les cinq dernières années.
Lacuité des tensions inflationnistes en 2010, dans la
région Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA), liée à
lenvolée des prix de certains produits de base,
essentiellement importés, montre que le risque dinflation
est à la hausse (6,9 % contre 6,5 % en 2009). Par ailleurs,
le dynamisme soutenu de la reprise dans les pays émergents a
contribué à augmenter davantage les prix des matières
premières dont le pétrole en 2010, débouchant sur une
augmentation de lexcédent courant extérieur des pays du
Moyen-Orient exportateurs de pétrole relativement à
lexcédent global des pays émergents et des pays en
développement. Laugmentation en 2010 de lexcédent du
compte courant extérieur de la région MENA a alimenté le
processus daccumulation des réserves internationales par
les banques centrales, alors que les taux dintérêt dans la
plupart des pays développés restent historiquement bas.
Cest donc en contexte de conditions monétaires encore
accommodantes dans la majorité des pays avancés que le
deuxième semestre de lannée 2010 a été marqué par
lamélioration des conditions financières globales et ce,
après une volatilité accrue des marchés financiers au second
trimestre 2010 liée à la crise de la dette souveraine de
certains pays européens, dite nouvelle crise financière.
Lintensification des risques souverains notamment dans la
zone euro sest conjuguée à laccentuation des risques
bancaires, sachant lacuité de la vulnérabilité des finances
publiques dans les pays avancés.
Une position financière extérieure
consolidée
Adossée au redressement soutenu du prix du baril de pétrole
en 2010, voire à une accélération au quatrième trimestre, la
situation de la balance des paiements extérieurs de
lAlgérie sest consolidée au second semestre tout comme au
cours du premier semestre. Cette performance est
matérialisée par un excédent appréciable du compte courant
extérieur de plus de 6 milliards de dollars réalisé au titre
de chacun des deux semestres de lannée 2010, sachant que le
premier semestre de 2009 avait enregistré un important
déficit (-2,47 milliards de dollars) en la matière. Pour
mémoire, il sagit là du seul déficit de la décennie,
témoignant de leffet du choc externe de grande ampleur de
lannée 2009.
En effet, le prix du baril de pétrole a poursuivi son
redressement au second semestre 2010, culminant en moyenne à
92,82 dollars en décembre. Pour lannée écoulée, le prix
moyen du baril de pétrole a atteint 80,15 dollars contre
62,26 dollars en 2009. Sur une base semestrielle, le prix
moyen du baril de pétrole sest situé à 77,50 dollars au
premier semestre de lannée passée contre 52,23 dollars pour
le premier semestre 2009, pour ensuite atteindre 82,87
dollars au second semestre 2010. Limpact de cette évolution
favorable de la variable la plus déterminante de la
situation de la balance des paiements est à examiner à
travers la balance commerciale, en contexte de relative
stabilisation des importations de biens en rythme
semestriel.
La performance de la balance commerciale résultant
principalement de la forte augmentation des exportations des
hydrocarbures (26,4 %) est appréciable en 2010, soit un
excédent de 18,81 milliards de dollars contre seulement 7,78
milliards de dollars au titre de lannée 2009. En situation
de relative stabilisation voire une légère baisse des
quantités exportées (-1,78 %), les exportations des
hydrocarbures sont donc passées de 44,41 milliards de
dollars en 2009 à 56,12 milliards de dollars en 2010, avec
une performance légèrement meilleure au second semestre
(28,50 milliards de dollars). Tirées par les exportations de
demi produits, les exportations hors hydrocarbures ont aussi
progressé au cours de lannée 2010, clôturant à 1,07
milliard de dollars contre 0,77 milliard de dollars pour
2009. Cest dans un tel contexte de faiblesse structurelle
des exportations hors hydrocarbures que les exportations des
hydrocarbures qui sont de nature volatile déterminent de
facto le profil du compte courant extérieur de la balance
des paiements.
Les importations de biens, quant à elles, qui avaient reculé
au second semestre 2009, sous leffet des mesures de
prudence prises pour faire face à la crise économique
mondiale, ont légèrement progressé en 2010 tout en se
stabilisant en rythme semestriel : 19,33 milliards de
dollars et 19,05 milliards de dollars, respectivement au
premier et second semestres. La structure des importations
permet dexpliciter cette bonne tenue des importations (fob)
qui totalisent 38,38 milliards de dollars, à mesure que les
importations de biens déquipement et de demi-produits
représentent désormais plus de 60 % des importations (caf).
Lannée 2010 sest caractérisée, en outre, par un
amenuisement du déficit des services (-8,24 milliards de
dinars contre -8,69 milliards de dinars en 2009), sous
leffet de laugmentation des exportations de services, même
si ce déficit sest relativement élargi au second semestre
par rapport au premier semestre. En effet, les importations
de services ont connu une relative stabilisation avec un
effet de balancier entre le recul des importations de
services liés aux « bâtiment et travaux publics » et la
progression des importations des « services techniques »
notamment par le secteur des hydrocarbures.
En tant que composante de la balance courante extérieure, le
poste revenus des facteurs (net) est en quasi équilibre en
2010, soit une rupture franche par rapport aux trois années
précédentes marquées par des déficits évoluant entre 1,3 et
1,8 milliard de dollars. Sachant la relative stabilisation
des entrées au titre des revenus des facteurs, malgré des
rapatriements plus importants au titre du rendement des
réserves officielles de change en contexte de faibles taux
dintérêt au niveau international, cest plutôt la
contraction des sorties en la matière qui a été
déterminante. En particulier, les transferts des revenus des
investissements directs étrangers ont baissé de près dun
milliard de dollars.
Les transferts courants, quant à eux, se sont stabilisés en
2010 (2,63 milliards de dollars) par rapport à lannée 2009,
avec un montant plus élevé au second semestre 2010 (1,60
milliard de dollars) comparativement au premier semestre
2010. Le rapatriement des pensions et retraites représente
la plus grande part des transferts courants.
En conséquence, après un quasi équilibre en 2009, la balance
des paiements extérieurs courants a enregistré un excédent
appréciable (12,76 milliards de dollars), soit 6,17
milliards de dollars et 6,59 milliards de dollars
respectivement au premier et second semestre 2010. Pour
mémoire, le premier semestre 2009 avait enregistré un
déficit (-2,47 milliards de dollars) en la matière. Il
importe de souligner quaprès le désendettement extérieur
qui a été complété avant lavènement de la crise financière
internationale, le solde de la balance des paiements
courants devient lélément pivot de la situation de la
balance des paiements extérieurs de lAlgérie. Le compte de
capital, quant à lui, est en surplus en 2010, tout en se
limitant essentiellement au poste investissements directs
étrangers contrairement aux années passées.
Au total, le solde global de la balance des paiements
extérieurs est évalué à 16,41 milliards de dollars en 2010
(3,86 milliards de dollars en 2009), avec une performance
particulière au second semestre (10,17 milliards de
dollars). Ainsi, le niveau des réserves officielles de
change de lAlgérie à fin 2010 excède trois années (38,75
mois) dimportations de biens et services, pendant que la
dette extérieure totale (court, moyen et long terme) sest
stabilisée et ne représente plus que 3,5 % du produit
intérieur brut estimé pour 2010. Ces deux principaux
paramètres de la position financière extérieure confirment
la solidité de la position financière extérieure nette de
lAlgérie et témoignent de sa résilience face à déventuels
chocs extérieurs. La gestion prudente des réserves
officielles de change, à un niveau permettant de faire face
aux chocs externes, sinscrit dans lobjectif stratégique de
consolidation de la stabilité monétaire et financière.
En dépit de risques de change accrus liés à la volatilité
des cours de leuro et du dollar, la Banque dAlgérie
poursuit la stabilisation du taux de change effectif réel du
dinar à son niveau d'équilibre de moyen terme. Cest ainsi
quen moyenne semestrielle, le taux de change effectif réel
sest stabilisé au second semestre de 2010 par rapport au
premier semestre de la même année, mais à un niveau apprécié
de 5,12 % par rapport à celui du second semestre de 2009. En
moyenne annuelle, le taux de change effectif réel sest
apprécié de 2,64 % en 2010, sous leffet de lappréciation
du taux de change effectif nominal de 0,53 % et de la hausse
des prix relatifs de (2,06 %).
Enfin, la consolidation de la position financière extérieure
de lAlgérie permet de poursuivre de manière résolue le
programme dinvestissements publics, à mesure que les
épargnes financières accumulées par le Trésor ont été
confortées en 2010.
Des principaux développements
monétaires
En ce qui concerne les finances publiques, les recettes
budgétaires se sont améliorées aussi bien au niveau des
recettes des hydrocarbures que des recettes hors
hydrocarbures, enregistrant une progression de 19,1 % en
2010. Les dépenses budgétaires, quant à elles, ont
enregistré une hausse de 6,3 %, en décaissements du Trésor,
tirée par les dépenses courantes, alors que le profil des
décaissements au titre des dépenses déquipement se
stabilise relativement.
Le déficit budgétaire global inhérent au choc externe de
2009 sest largement contracté en 2010, confirmant la
viabilité des finances publiques. En particulier, lencours
de lépargne financière du Trésor en terme de ses dépôts
auprès de la Banque dAlgérie sest accru en 2010, pour
avoisiner 41 % du produit intérieur brut. De plus, vu
limportance des ressources du Fonds de régulation des
ressources à fin 2010, le rôle du Trésor public en tant que
créancier net du système bancaire est très significatif,
comme en témoigne lanalyse de la situation monétaire.
Après un taux de croissance monétaire historiquement bas
enregistré en 2009 (3,1 %), lannée 2010 a été marquée par
le retour à lexpansion monétaire à un rythme de 13,8 % au
sens de la masse monétaire M2, en contexte de progression
des avoirs extérieurs nets qui avaient été marqués par une
relative stabilisation en 2009 sous leffet du choc externe.
Vu le processus de monétisation, lagrégat avoirs extérieurs
nets est la variable déterminante dans lexpansion monétaire
de 2010, confirmant la tendance structurelle davant le choc
externe de 2009. Par contre, laugmentation de nouveau en
2010 des ressources accumulées (épargnes financières) dans
le Fonds de régulation des recettes, en dépit de la forte
progression des dépenses budgétaires courantes (dépenses du
personnel et transferts) comparativement à leur évolution en
2009, a contribué à atténuer la monétisation. En 2010, les
ressources du Fonds de régulation des recettes se sont
accrues pour atteindre un encours de fin de période
avoisinant 41 % du produit intérieur brut. De plus,
labsorption effective de lexcès de liquidité bancaire par
la Banque dAlgérie contribue à la stérilisation, pendant
que laugmentation des réserves obligatoires fait croître la
base monétaire en contexte de stabilité du multiplicateur
monétaire.
Leffet conjugué de la stérilisation par le Trésor et de
labsorption de lexcès de liquidité par la Banque dAlgérie
contribue à ancrer davantage la stabilité monétaire et
financière, même si la masse monétaire M2 sest accrue de
13,8 % en 2010 contre 3,1 % en 2009. Cette reprise de
lexpansion monétaire a été donc corrélative à celle de
lexpansion des avoirs extérieurs nets, qui sont passés de
10886,03 milliards de dinars à fin 2009 à 11996,98 milliards
de dinars à fin 2010. Ainsi, la forte croissance des dépôts
du secteur des hydrocarbures (27,95 %) a porté le taux de
progression des dépôts bancaires à 11,7 % en 2010,
correspondant à des flux respectifs de 216,4 milliards de
dinars et 557,9 milliards de dinars. Les dépôts des autres
entreprises publiques ont enregistré une progression de 9,49
%, soit 107,65 milliards de dinars en valeur, pendant que le
taux de progression des dépôts collectés par les banques
auprès des entreprises privées et ménages est évalué à 8,4
%. Dans le total des dépôts collectés auprès du secteur
privé, les dépôts des ménages se sont accrus de 11,1 % et
ont représenté près de 68,9 % en 2010 (67,2 % en 2009), soit
un ratio proche de leur part relative dans les dépôts en
devises qui est de 67,1 % pour lannée 2010.
Cette augmentation des dépôts bancaires (à vue et à terme)
en 2010 a alimenté la liquidité des banques qui a
enregistré, quant à elle, une hausse de 102,3 milliards de
dinars contre une contraction en 2009 (- 14 %), témoignant
de la consolidation de la capacité de fonds prêtables des
banques au cours de lannée 2010.
Aussi, les crédits distribués par les banques en 2010 à la
clientèle entreprises et ménages, directement ou par le
biais de linvestissement en obligations émises par les
entreprises, ont augmenté de 15,6 % en 2010 (hors rachat de
crédits non performants par le Trésor, 298,6 milliards de
dinars). Cela correspond à une forte croissance des crédits
en termes réels. Sous langle de secteur juridique, la
hausse des crédits aux entreprises privées a atteint 16,2 %
en 2010, légèrement en dessous du taux de croissance des
crédits aux entreprises publiques (18,4 %) (hors rachats).
Quant aux crédits hypothécaires aux ménages, leur
progression est de 13 %. Tout cela situe lAlgérie dans le
groupe de pays émergents à croissance rapide du crédit.
A fin 2010, la part des crédits distribués au secteur privé
est de 50,6 % contre 52,5 % en 2009, baisse due à la forte
croissance des crédits à long terme au titre des secteurs
publics de lénergie et de leau. Le rachat des créances à
court terme a eu pour résultat la hausse de la part des
crédits à moyen et long terme (59,9 % à fin 2010 contre 57,2
% à fin 2009) dans le total (après rachat) des crédits
distribués à fin 2010. Par ailleurs, avec les nouveaux
rachats de créances sur les entreprises publiques
financièrement déstructurées, les créances des banques sur
lEtat ont augmenté de 343,6 milliards de dinars en 2010,
pendant que le Trésor reste créancier net du système
bancaire.
Il importe de souligner laugmentation du rôle de la
variable crédit dans lexpansion monétaire à partir de 2009,
ancrée sur des conditions financières favorables et une
résilience du système bancaire, contrairement à la situation
de plusieurs pays émergents qui ont enregistré une
contraction des crédits à léconomie liée à la crise
financière internationale.
Lanalyse de lévolution des composantes de la masse
monétaire (M2) en 2010 montre les tendances suivantes :
la monnaie scripturale dans les banques (dépôts à vue et à
terme en dinars) a progressé de 12,46 % en 2010 contre une
baisse de 8,2 % en 2009, passant de 4300,7 milliards de
dinars à fin 2009 à 4836,6 milliards de dinars à fin 2010 ;
les dépôts à terme au sens quasi monnaie ont enregistré
une hausse de 13,3 %, avec une part relative dans la masse
monétaire stabilisée en 2010 (30,9 % en 2010 et 31,1 % en
2009 contre 28,6 % en 2008) ;
les dépôts aux CCP et au trésor ont connu une expansion
soutenue en 2010 (28,4 %, suite à la hausse de 24,6 % en
2009) ;
lagrégat de la circulation fiduciaire, qui sélève à
2098,6 milliards de dinars à fin 2010 contre 1 829,3
milliards de dinars à fin 2009, sest accru de 14,7 % en
2010, rythme légèrement plus élevé que celui de M2, contre
18,8 % en 2009. La part de la monnaie fiduciaire dans M2 est
passée de 22,1 % à fin 2008, à 25,5 % à fin 2009 et 25,7 % à
fin 2010. Cela indique, dans une certaine mesure, le
ralentissement de la vitesse de circulation de la monnaie.
En effet, depuis 2006, la hausse de monnaie fiduciaire
dépasse celle du PIB hors hydrocarbures, en situation de
forte croissance des transactions (échanges) sur le marché
informel. Cette évolution contraste avec les progrès
réalisés en matière de capacité potentielle de traitement
des instruments de monnaie scripturale, grâce à lentrée en
production en 2006 des deux systèmes de paiement modernes,
sûrs, fiables et sécurisés.
Corrélativement à la reprise de lexpansion monétaire en
2010, la liquidité des banques a augmenté de 102,3 milliards
de dinars, passant de 2447,4 milliards de dinars à fin
décembre 2009 à 2549,7 milliards de dinars à fin 2010.
Lexcès de loffre de fonds prêtables sur le marché
monétaire interbancaire sest donc accru en 2010 et la
Banque dAlgérie a continué à éponger cet excès de liquidité
par linstrument reprises de liquidité, laissant aux
banques, linitiative du recours à la facilité marginale de
dépôts. Au-delà du niveau requis au titre des réserves
obligatoires réglementaires, les dépôts des banques en
comptes courants sétablissent à fin décembre 2010 à un
niveau plus élevé que celui atteint à fin décembre 2009.
Cependant, lévolution des dépôts des banques en comptes
courants a montré une grande variabilité entre mars et
novembre 2010. Au cours de cette même année, la Banque
dAlgérie na pas changé le niveau des taux dintérêt de ses
interventions sur le marché monétaire, tout comme le taux
dintérêt de la facilité de dépôts est resté sans
changement.
Au total, le taux dexpansion de M2 (13,8 %) a dépassé
lobjectif quantitatif en la matière arrêté pour 2010 (entre
8 % et 9 %), en raison notamment des forts décaissements au
titre de la hausse des dépenses budgétaires courantes. De
plus, le prix moyen du baril de pétrole brut sest établi à
80,15 dollars, alors que les projections monétaires et
financières ont été faites sur la base dun prix du pétrole
de 76,5 dollars/baril.
Cest dans un tel contexte de reprise significative de la
croissance monétaire que la conduite ordonnée de la
politique monétaire par la Banque dAlgérie a contribué à
contenir les pressions inflationnistes en 2010. Le taux
d'inflation a reculé à 3,9 % en 2010, alors quil était
passé de 4,8 % en 2008 à 5,7 % en 2009. Cela témoigne,
cependant, dune relative bonne tenue des prix en Algérie
comparativement à la région Moyen Orient et Afrique du Nord
où le taux dinflation sest élevé à 6,9 % en 2010. Pour
lensemble des pays émergents et en développement, le taux
dinflation est légèrement inférieur (6,2 % en 2010).
Mais lévolution de la masse monétaire nest que lun des
nombreux déterminants de la variation de lindice général
des prix en Algérie. Lanalyse des données sur la décennie
2000-2010 montre que lévolution de la masse monétaire,
contrepartie des avoirs extérieurs nets et des avoirs
intérieurs, nexplique que 62 % environ de linflation.
Linflation importée y contribue pour environ 22 % et le
reste est imputable à lévolution dautres facteurs
endogènes.
En ce qui concerne linflation importée, il convient de
rappeler que linflation mondiale, estimée à 0,1 % dans les
pays développés et 5,2 % dans les économies émergentes et en
développement en 2009, sest accélérée en 2010,
respectivement à 1,5 % et 6,2 %. En particulier, les cours
mondiaux des matières premières hors hydrocarbures ont
progressé de 13,9 % en 2010 après la considérable baisse de
2009 (-18,9 %).
Alors quen 2009, linflation, tirée par la hausse des
produits agricoles frais était essentiellement endogène, de
nouveau en 2010 comme en 2008, linflation importée a
fortement contribué à laugmentation du niveau général des
prix en Algérie. En effet, les cours mondiaux annuels moyens
des produits agricoles de base, notamment les céréales et la
poudre de lait entier ainsi que les oléagineux, ont subi de
fortes hausses de prix respectivement de 41 %, 44 % et 18,4
%. De ce fait, lindice des prix domestiques des produits à
fort contenu dimportation a reflété cette forte variation.
Ainsi, les prix des 24 produits à fort contenu
dimportations, dont 12 produits alimentaires, figurant dans
lindice des prix à la consommation, ont subi leurs plus
fortes hausses depuis 10 ans à 7 % en moyenne annuelle.
Phénomène nouveau observé au quatrième trimestre de 2010, la
hausse des prix mondiaux des produits de base importés,
contrairement aux périodes précédentes où sa transmission
seffectuait avec un retard de 3 à 6 mois, sest non
seulement répercutée quasi instantanément aux prix
domestiques de détail mais sest, de surcroît, amplifiée,
sans doute, en raison de comportements de nature spéculative
rendus possibles par limperfection des marchés et la
faiblesse de leur régulation.
Enfin, la Banque d'Algérie a poursuivi la gestion flexible
du taux de change pour étayer l'objectif de la politique
monétaire, tout en veillant à la stabilisation du taux de
change effectif réel du dinar proche de léquilibre.
Pour conclure, il importe de souligner que le second
semestre de lannée 2010 a été marqué par les nouvelles
dispositions législatives relatives à la monnaie et au
crédit, donnant un ancrage légal à la stabilité des prix
comme objectif explicite de la politique monétaire. Cette
importante réforme conforte la consolidation du cadre
opérationnel de la politique monétaire adopté par le Conseil
de la monnaie et du crédit en 2009, lui donnant une
orientation désormais prospective. La contribution de la
politique monétaire à la stabilité financière est ainsi
renforcée, dautant que la reprise de la dynamique
dexpansion des avoirs extérieurs en 2010 vient confirmer
leur rôle accru dans le processus de création monétaire en
Algérie. Pour mémoire, les avoirs extérieurs nets de la
Banque dAlgérie excèdent largement, depuis fin 2005, la
masse monétaire M2, confirmant la consolidation de leur rôle
en tant que garantie des signes monétaires dans léconomie
nationale.
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