Sections Principales
Présentation
Cadre législatif
Etablissements financiers
Statistiques monétaires
Notes de conjoncture
Indicateurs monétaires
Marché monétaire
Marché interbancaire
 

 

TENDANCES MONÉTAIRES ET FINANCIÈRES
AU PREMIER SEMESTRE DE 2013


Les indicateurs du premier semestre 2013 montrent des signes d’amélioration graduelle des perspectives de l’économie mondiale, soutenue par les mesures adoptées au niveau des pays avancés et la forte performance des pays émergents et en développement. La poursuite de la reprise de l’économie américaine en contexte d’amélioration du marché de l’emploi, la sortie de récession de la zone euro au second trimestre et la croissance soutenue de certaines économies émergentes d’Asie et d’Amérique Latine témoignent de cette amélioration, même si la croissance de l’économie chinoise, sur la base du premier semestre 2013, est légèrement en deçà de sa performance de l’année précédente.    

 

Cette amélioration s’est conjuguée à l’émergence de la volatilité des marchés financiers à partir de juin 2013, en situation d’incertitudes liées aux niveaux très élevés des ratios dette publique/PIB dans les pays développés, pendant que les banques centrales de ces pays maintiennent voire assouplissent davantage leur politique monétaire très accommodante ; le taux d’inflation étant faible aussi bien aux Etats Unis que dans la zone euro.

 

Il importe de souligner que la volatilité financière affecte en particulier les économies émergentes. Il en a résulté des risques pour la stabilité financière dans les pays émergents, à en juger par la volatilité sur les marchés des changes où les monnaies de plusieurs pays émergents se sont dépréciées, reflétant leur vulnérabilité suite à une longue période de taux d’intérêts bas et d’entrées de capitaux de grande ampleur.  Le flux inverse de sortie de capitaux amorcé en  mai - juin 2013 et qui a concerné certains pays émergents,  qui ont connu une longue période d’entrées massives de capitaux, semble s’inscrire dans le phénomène plus global de restructuration des portefeuilles à travers une réallocation notamment entre pays émergents, prenant en compte les facteurs spécifiques des pays.

 

Quant  à l’économie nationale, si elle est à l’abri de la volatilité des flux de capitaux qui affecte durement certaines économies émergentes, elle subit l’effet des autres risques pesant sur les perspectives à court terme de l’économie mondiale à travers notamment le prix du pétrole. Sa position financière extérieure reste solide au premier semestre 2013, malgré un déficit de la balance des paiements au second trimestre et l’impact négatif des très faibles taux d’intérêt mondiaux.

 

1. Evolution de la balance des paiements

 

Après le choc externe de l’année 2009, une viabilité renforcée de la balance des paiements extérieurs a caractérisé les années 2011 et 2012, portée par le raffermissement du prix du pétrole dont le niveau annuel moyen s’est établi respectivement à 112,94 dollars/baril et 111,05 dollars/baril contre 80,15 dollars/baril en 2010.  

 

Le prix moyen mensuel du pétrole a fluctué entre 101,45 et 115,72 dollars/baril au premier semestre 2013, soit une moyenne semestrielle de 108,65 dollars/baril contre 113,37 dollars/baril au cours de la même période de l’année précédente. Après une hausse au premier trimestre 2013 (112,51 dollars/baril) par rapport au dernier trimestre 2012 (110,24 dollars/baril), le prix moyen trimestriel a fléchi au second trimestre 2013 à 104,60 dollars/baril, soit une baisse de 7,03 %, en situation de fort recul des quantités d’hydrocarbures exportées (- 10,61 %) au cours du semestre sous revue ; un  rythme de contraction qui s’est accru au second trimestre (- 12,55 %).

 

En valeur, les exportations d’hydrocarbures se sont contractées de 14,31 % au premier semestre 2013 par rapport au même semestre de l’année 2012, reculant de 37,50 milliards de dollars à 32,14 milliards de dollars. Cela a affecté négativement la balance commerciale, surtout au second trimestre, pendant que les importations de biens poursuivaient leur trend haussier en contexte de faiblesse structurelle des exportations hors hydrocarbures (0,682 milliard de dollars au premier semestre 2013 contre 0,473 milliard de dollars au premier semestre 2012). 

 

Les importations de biens fob (28,379 milliards de dollars) ont progressé de 20,04 % au premier semestre 2013 par rapport au même semestre de l’année précédente (23,641 milliards de dollars), essentiellement au titre de la poursuite de l’expansion des importations des biens de consommation non alimentaires (8,7 %) et de la progression de celles des biens alimentaires (16,2 %). Les importations de biens d’équipement industriels, quant à elles, se sont accrues à un rythme élevé (25 %), contrairement à leur contraction en 2012. Une analyse plus fine de la structure des importations révèle une croissance significative des importations des produits pétroliers au premier semestre 2013 (90,2 %) relativement au même semestre de l’année passée. Cela confirme la tendance haussière en la matière de ces deux dernières années, corrélativement aux importations de véhicules (touristiques, utilitaires et autres).

 

Quant aux importations de services hors revenus des facteurs, elles se sont stabilisées au premier semestre 2013 comparativement à la même période de l’année passée, essentiellement sous l’effet de l’augmentation de celles au titre des transports maritimes, des services assurances, des services techniques et autres services, contrebalancée par la forte contraction (-39,8 %) des importations des services au titre du « bâtiment et travaux publics ». En rythme trimestriel en 2013, les importations de services se sont stabilisées à 2,9 milliards de dollars, pendant que les exportations de services ont légèrement augmenté au second trimestre. Cette tendance favorable a contribué à la stabilisation du déficit du poste services hors revenus des facteurs à 3,7 milliards de dollars au premier semestre 2013.  

 

Sous l’effet d’un élargissement du déficit des « revenus des facteurs » et d’une diminution des transferts nets, conjugué à la forte contraction de l’excédent commercial, le compte courant de la balance des paiements extérieurs a enregistré un déficit de 1,2 milliard de dollars au premier semestre 2013 contre un excédent de 10 milliards de dollars au premier semestre 2012. En référence au premier semestre 2009, cela peut s’interpréter comme un choc pour la balance des paiements extérieurs en 2013.  En conséquence, et malgré la stabilisation des investissements directs étrangers (nets) et l’amélioration du compte capital, le solde global de la balance des paiements enregistre un léger déficit (-0,15 milliard de dollars) au premier semestre 2013. Cette contreperformance est inhérente au déficit du compte courant extérieur du deuxième trimestre 2013 estimé à 1,78 milliard de dollars contre un excédent de 0,53 milliard de dollars au premier trimestre 2013. Elle confirme la vulnérabilité de la balance des paiements extérieurs au choc externe, d’autant que le premier semestre 2012 avait enregistré un important excédent de la balance extérieure globale (8,90 milliards de dollars).     

 

En conséquence, avec le flux de réserves et l’effet de valorisation négatif, l’encours des réserves de change (or non compris) est évalué à 189,750 milliards de dollars à fin juin 2013 contre 189,768 milliards de dollars à fin mars 2013  et 190,661 milliards de dollars à fin décembre 2012. Cette stabilité du niveau des avoirs extérieurs conforte la solidité de la position financière extérieure nette de l’Algérie, en situation de niveau historiquement bas de la dette extérieure. Celle-ci est estimée à seulement 3,435 milliards de dollars à fin juin 2013 contre 3,637 milliards de dollars à fin décembre 2012.     

 

La Banque d’Algérie a poursuivi au premier semestre 2013 la gestion prudente des réserves officielles de change en mettant de plus en plus en avant le suivi rigoureux et la gestion des risques, au moyen notamment de mesures de prudence appropriées pour préserver le capital des investissements de toute perte, tout en atteignant un niveau de rendement acceptable compte tenu de la persistance de l’environnement de faibles taux d’intérêt mondiaux. A fin juin 2013, les emprunts publics à 10 ans aux Etats-Unis affichaient un rendement de 2,5 % contre 1,71 % pour les titres publics allemands de même maturité. Pour mémoire, les investissements effectués par la Banque d’Algérie dans les titres souverains des pays de la zone euro portent sur les titres les moins risqués, pendant que les dépôts sont orientés plus vers les banques centrales pour endiguer tout risque de contrepartie. 

 

La gestion prudente des réserves officielles de change par la Banque d’Algérie contribue à la stabilité financière externe, en contexte de conduite flexible de la politique de stabilisation du taux de change effectif du dinar.  

 

L’intervention de la Banque d'Algérie sur le marché interbancaire des changes a permis d’atténuer l’impact de la volatilité financière sur l’économie nationale, pendant qu’il en a résulté des risques pour la stabilité financière dans plusieurs pays émergents. La volatilité accrue sur les marchés des changes a conduit à la dépréciation des monnaies de plusieurs pays émergents.

 

C’est dans un tel contexte de volatilité des cours de change des principales devises, que le cours moyen du dinar contre le dollar américain pour le semestre sous revue a enregistré une dépréciation de 4,11 % par rapport au premier semestre 2012, alors qu’il s’est apprécié de 1,54 % par rapport au second semestre de l’année 2012. Le cours moyen s’est établi à 78,4781 USD/DZD au premier semestre 2013 contre 79,7082 USD/DZD enregistré au second semestre 2012 et 75,3791 USD/DZD au premier semestre 2012. Parallèlement, le cours moyen du dinar contre l’euro a été de 103,0376 EUR/DZD au premier semestre 2013, en faible dépréciation aussi bien par rapport au premier semestre 2012 (102,169 EUR/DZD) que relativement au second semestre 2012, respectivement 0,85 % et 0,86 %.    

 

En conséquence, et sous l’effet de l’amenuisement du différentiel d’inflation entre l’Algérie et ses 15 principaux pays partenaires commerciaux, soit à 4,43 % en juin 2013 contre 6,23 % en décembre 2012, et de l’augmentation des prix relatifs, le taux de change effectif réel du dinar s’est déprécié de 1,28 % en moyenne au premier semestre 2013 par rapport à la même période de 2012. Il s’est apprécié de 0,90 % par rapport au second semestre de l’année 2012, après une appréciation de 5,89 %, en moyenne annuelle, au cours de la même année. En dépit de la situation de déficit de la balance des paiements au second trimestre 2013, il reste apprécié d’environ 7 % à juin 2013 par rapport à son niveau d’équilibre déterminé en fonction des fondamentaux. 

 

2. Développements monétaires    

 

La décélération des rythmes d’expansion monétaire qui a caractérisé l’année 2012, avec une progression de l’agrégat monétaire M2 de seulement 10,92 % contre 19,91 % au titre de 2011, est confirmée au premier semestre de l’année en cours où le taux de croissance de M2 est estimé à seulement 2,23 % (3,19 % au premier trimestre 2013)  contre 7,02 % au titre du premier semestre de 2012. Avec une telle décélération de son rythme et une contraction au second trimestre 2013, l’expansion monétaire enregistrée au cours du semestre sous revue est faible, son encours passant de 11013,39 milliards de dinars à fin 2012 à 11258,97 milliards de dinars à fin juin 2013, eu égard à la croissance significative des crédits à l’économie en contexte de progression modérée des avoirs extérieurs nets dans la situation monétaire agrégée.   

 

En dépit de la décélération du rythme de croissance, soit 1,66 % au premier semestre 2013 contre 5,99 % au titre de la même période de l’année passée, les avoirs extérieurs nets qui ont atteint 14755,73 milliards de dinars à fin juin 2013 jouent un rôle important dans la situation monétaire consolidée, d’autant que cet agrégat a grandement alimenté l’excès de liquidité sur le marché monétaire entre 2004 et 2008. Néanmoins, la stérilisation par le Trésor au moyen de l’accumulation soutenue des ressources dans le fonds de régulation des recettes a contribué à contenir cet excès de liquidités.  

 

Par ailleurs, après une quasi stabilisation de la position financière nette de l’Etat dans la situation monétaire entre fin 2011 et fin mars 2013, le second trimestre 2013 a enregistré une amélioration en la matière, soit environ 8 % au titre du premier semestre 2013 contre un amenuisement de près de 2 % en 2012.  L’amélioration de la position financière nette de l’Etat au premier semestre 2013 s’est conjuguée à la décélération du rythme de croissance des dépôts au CCP et au Trésor à 9,09 % contre 24,84 % au premier semestre de l’année passée (30,46 % en 2012). Ainsi, la position financière de l’Etat en tant que créancier net vis-à-vis du système bancaire demeure appréciable comparativement à l’agrégat crédits à l’économie. Il importe de souligner que le stock d’épargnes financières du Trésor, à savoir les épargnes sur ses comptes ouverts à la Banque d’Algérie, a augmenté de 288,58 milliards de dinars au cours du premier semestre 2013. En effet, l’encours global des comptes du Trésor (compte courant, fonds de régulation des recettes) s'élève à 6002,04 milliards de dinars à fin juin 2013 contre 5816,8 milliards de dinars à fin mars 2013 et 5713,46 milliards de dinars à fin décembre 2012, en contexte de relative stabilisation de l’encours global des émissions des valeurs du Trésor, par voie d’adjudication sur le marché monétaire. Cet encours est passé de 600,85 milliards de dinars à fin décembre 2012 à 592,2 milliards de dinars à fin mars 2013, pour clôturer le semestre sous revue à 599,39 milliards de dinars.

 

En conséquence, le principal déterminant de l’expansion monétaire au premier semestre 2013 est représenté par le fort rythme de progression des crédits à l’économie (14,05 %), soit près du double de celui enregistré au même semestre de l’année passée (7,76 %). Le dynamisme des crédits bancaires à l’économie, soutenu par les mesures de facilitation et de soutien prises par les pouvoirs publics en début d’année, est tel que le taux atteint dès le premier semestre 2013 est très proche du taux d’expansion en la matière de toute l’année 2012 (15,35 %). A fin mars 2013, les crédits bancaires à l’économie ont atteint 4568,05 milliards de dinars, correspondant à une progression de 6,27 % par rapport à décembre 2012 (4298,45 milliards de dinars). En effet, le dynamisme des crédits bancaires a été plus soutenu au second trimestre de l’année en cours (7,3 %), puisque l’encours a atteint 4902,50 milliards de dinars à fin juin 2013.             

 

A cette date, les crédits aux entreprises privées atteignent 2160,96 milliards de dinars (2037,91 milliards de dinars à fin mars 2013) contre 1940,32 milliards de dinars à fin 2012, de sorte que les crédits au secteur privé (y compris les ménages) (2489,07 milliards de dinars) excèdent l’encours des crédits au secteur public (2413,43 milliards de dinars). En outre, le premier semestre 2013 est marqué par une progression aussi bien des crédits au secteur privé que de ceux au secteur public.     

 

Parallèlement à la très forte croissance des crédits à l’économie au premier semestre 2013, l’analyse de la structure des crédits à l’économie par maturité confirme l’augmentation de la part relative des crédits à moyen et long termes à 71,12 % à fin juin (70,40 % à fin mars 2013, 68,31 % à fin 2012 et 63,41 % à fin 2011). Le dynamisme des crédits bancaires à l’économie traduit l’amélioration de la structure et des conditions de financement (rallongement de la maturité et diminution du coût), corrélativement à l’important soutien financier apporté par l’Etat aux PME à partir du quatrième trimestre 2011. En outre, les mesures de facilitation prises début 2013 ont rendu plus effectif le dispositif de soutien de l’Etat dans le cadre du développement de crédits sains aux PMEs. Quant aux crédits aux ménages, ils sont en hausse de 7,1 % au premier semestre 2013, essentiellement au titre des crédits hypothécaires.

 

Après cette revue à grands traits des contreparties de la masse monétaire M2 et particulièrement du rôle accru de l’agrégat crédit, l’analyse de la structure de M2 renseigne notamment sur le comportement d’épargne financière des agents économiques et son impact sur les moyens d’action des banques. Hors dépôts des hydrocarbures qui ont subi une très forte contraction au premier semestre 2013 (-38,85 %), sous l’effet du choc externe au second trimestre, le taux de croissance de M2 est tombé à 4,76 % au cours du semestre sous revue contre 11,03 % au premier semestre de l’année passée. Parallèlement, le ratio crédits à l’économie/M2 (hors dépôts des hydrocarbures) s’est accru à 45,11 % à fin juin 2013, après une stabilisation en 2012 à 41 %, indiquant une impulsion dans l’intermédiation bancaire sous l’angle de l’allocation des crédits, pendant que la mobilisation des ressources se tarissait.

 

Les dépôts en dinars collectés par les banques ont faiblement progressé au premier semestre 2013 (0,89 %), sous l’effet d’une contraction au second trimestre qui a concerné les dépôts à vue (- 8,57 %). En effet, la croissance des dépôts du secteur des hydrocarbures (4,9 %) au premier trimestre a été très largement contrebalancée par la très forte contraction du second trimestre (- 41,71 %) liée notamment à l’autofinancement du programme d’investissement sectoriel et aux importations de produits pétroliers.  Quant aux dépôts à vue et à terme en dinars des entreprises publiques (hors secteur des hydrocarbures), elles ont progressé de 7,3 % au cours du semestre sous revue, principalement au premier trimestre (5,3 %). Cependant, ce flux d’accroissement est bien en deçà de la contraction des dépôts du secteur des hydrocarbures, de sorte que le secteur public n’a pas contribué au développement des moyens d’action des banques au premier semestre 2013.  C’est dans un tel contexte que les dépôts à vue et à terme en dinars des entreprises privées et des ménages ont faiblement progressé au premier semestre 2013 (2,9 %), après une expansion significative enregistré en 2012 (14,7 %) en relation avec l’effet-revenu des ménages. Par ailleurs, les dépôts en devises de ces derniers représentent 65,6 % de l’encours des dépôts en devises mobilisés par les banques à fin juin 2013. Leur montant total s’est accru de 7 % au premier semestre 2013, soit un rythme annuel supérieur à celui de l’année précédente (11,5 %). Quant aux dépôts aux CCP et au Trésor, qui sont pour l’essentiel le fait des ménages, ils ont poursuivi leur progression au premier semestre 2013 (9,09 %), en situation de ralentissement du rythme comparativement au premier semestre 2012 (24,84 %).    

 

Au total, l’évolution de la structure des ressources collectées par les banques (y compris les dépôts en devises et hors fonds d’investissement) indique une légère progression de la part du secteur privé et des ménages à 60,91 % à fin juin 2013, alors que ce ratio était passé de 54,82 % à fin 2011 à 59,01 % à fin 2012. En conséquence, la part relative du secteur public dans les moyens d’action des banques s’amenuise, sous l’effet notamment de la contraction des dépôts du secteur des hydrocarbures.      

 

Sous l’effet de l’évolution des dépôts à terme en dinars et des dépôts en devises, l’agrégat quasi monnaie s’est accru à un rythme plus élevé (7,59 %) que celui de la masse monétaire M2 (2,23 %) et M2 (hors dépôts des hydrocarbures) (4,76 %), mais à un rythme plus faible que celui du premier semestre 2012. Cela confirme la décélération de l’expansion monétaire au premier semestre 2013, d’autant que la masse monétaire M1 s’est à peine stabilisée (-0,10 %) face au recul des dépôts à vue au niveau des banques dont le taux est estimé à 4,88 %. Ce dernier phénomène déjà enregistré en 2012 est lié au profil des dépôts du secteur des hydrocarbures qui semblent s’amenuiser davantage en 2013. Cependant, la base de ressources des banques est aujourd’hui moins vulnérable à un choc externe affectant ce secteur.       

 

En conséquence, la structure de M2 à fin juin 2013 indique une baisse de la part relative des dépôts bancaires à vue, une augmentation de celle des dépôts aux CCP et Trésor ainsi que de celle de la quasi monnaie, en situation de stabilisation de la part relative de la circulation fiduciaire. En effet, après avoir enregistré de fortes sorties nettes mensuelles au cours de l’année 2012 à l’exception des mois de novembre et décembre, la circulation fiduciaire ne s’est accrue que de 1,18 % au premier semestre  2013 contre 9,15 % au même semestre de l’année précédente (14,81 % en 2012). Sous l’effet des flux de sortie de monnaie fiduciaire à travers le réseau d’Algérie Poste, la monnaie fiduciaire s’est accrue de nouveau en janvier et février, pour ensuite enregistrer des rythmes de progression modérés en mars et avril 2013. Les mois de mai et juin 2013 ont enregistré une contraction en la matière, le taux de progression de la monnaie fiduciaire au titre du semestre sous revue (1,18 %) ayant même été moindre que le rythme enregistré au premier trimestre (1,45 %).  

 

Enfin, la stabilisation de la circulation fiduciaire relativement à l’agrégat monétaire M2, le léger recul de la masse monétaire M1 et la contraction de la circulation fiduciaire au second trimestre 2013 indiquent une stabilité de la demande d’épargne financière et d’encaisses des ménages, en contexte de décélération de l’inflation des prix à la consommation.    

 

Mais, eu égard au niveau élevé de l’inflation enregistré au cours de l’année passée, la Banque d’Algérie a introduit dès mi-janvier 2013 un nouvel instrument de politique monétaire, à savoir la reprise de liquidité à six mois à un taux de rémunération de 1,50 %. Ce renforcement des instruments de politique monétaire est intervenu après les mesures prises en avril 2012 – augmentation du montant des reprises de liquidité de 250 milliards de dinars pour le porter à 1350 milliards de dinars – et mai 2012, à savoir le relèvement de deux points de pourcentage (de 9 % à 11 %) du taux de constitution des réserves minimales obligatoires.

 

L’allongement de la maturité des reprises de liquidité à partir de janvier 2013 vise à absorber plus de liquidités stables des banques et par-là, à mieux gérer l’excès de liquidité sur le marché monétaire. La liquidité bancaire, restée stable au premier trimestre 2013, s’est contractée au second trimestre à 2542,49  milliards de dinars à fin juin 2013 contre 2865,94 milliards de dinars à fin mars 2013 et 2876,26 milliards de dinars à fin décembre 2012. L’excès de liquidités a été résorbé de manière effective par les instruments de reprise de liquidité (1350 milliards de dinars), en situation de moindre recours des banques à la facilité de dépôts à 24 heures (163,98 milliards de dinars à fin juin 2013 contre 838,08 milliards de dinars à fin décembre 2012). Les banques ont, par ailleurs et dans le cadre des réserves obligatoires, augmenté leurs avoirs en comptes auprès de la Banque d’Algérie. En outre, si le marché monétaire interbancaire est resté quasi inactif au premier trimestre 2013, vu la dissémination de l’excès de liquidité, les prêts et emprunts interbancaires ont repris en mai et juin 2013 avec des taux d’intérêt formés sur le marché interbancaire proches de 2 %.       

 

Enfin, la préservation de la stabilité macroéconomique reste un objectif primordial. La politique monétaire, étayée par la conduite flexible de la politique de taux de change, y joue un rôle actif, d’autant que la Banque d’Algérie a consolidé ses instruments de résorption de l’excès de liquidité en début d’année, dans le but d’endiguer le phénomène inflationniste. Si le rôle de la politique monétaire dans la lutte contre l’inflation est assuré par la Banque d’Algérie, le caractère endogène du phénomène inflationniste en Algérie depuis 2009 appelle d’autres mesures de politique économique d’ordre notamment structurel. 

 

3. Tendance à la décélération de l’inflation       

 

Après une longue période d’inflation modérée qui a suivi l’ajustement structurel, le phénomène inflationniste a émergé avec une acuité particulière en 2012, consécutif au choc des prix intérieurs de certains produits de base début 2011 et à l’accélération de l’inflation au second semestre de la même année. En 2012, le phénomène inflationniste a été essentiellement de nature endogène, ancré sur un nombre très limité de produits frais dont les prix ont connu une envolée au premier trimestre 2012. En effet, dès janvier 2012, l’indice global des prix à la consommation du Grand Alger faisait ressortir une hausse brutale et subite (2,31 %), équivalente à 5,5 fois la hausse mensuelle moyenne de cet indice au titre de l’année 2011. L’envolée au premier trimestre 2012 des prix d’un nombre très limité de produits frais explique 96 % de l’inflation, en moyenne annuelle, de cette catégorie de produits pour toute l’année 2012 (21,37 %). Par ailleurs, l’inflation des prix à la consommation (hors produits alimentaires) n’a été que de 6,09 % en 2012, année où le taux d’inflation a atteint le « pic » historique de 8,89 %.      

 

Après 19 mois de tendance haussière ininterrompue (de juillet 2011 à janvier 2013), l’inflation, en moyenne annuelle, a entamé un mouvement de baisse en février 2013. En effet, le taux d’inflation en moyenne annuelle s’est établi à 8,07 % à mars 2013 contre, respectivement, 8,89 %, 8,91 % et 8,56 %, à décembre 2012, janvier et février 2013. La décélération du rythme d’inflation s’est poursuivie au second trimestre 2013, faisant reculer le taux en moyenne annuelle jusqu’à 6,59 % à juin 2013, soit à un niveau inférieur à celui de juin 2012 (7,29 %). En glissement annuel à juin 2013, la hausse est plus modérée (4,49 %), pendant que l’indice moyen du premier semestre 2013 a augmenté de 4,75 % par rapport à celui du même semestre de l’année précédente. En outre, au terme du premier semestre 2013, le niveau général des prix dans la capitale  est quasiment stable à sa valeur de janvier 2013, pendant qu’il fléchissait de 0,6 point au niveau national. Cependant, en dépit du phénomène de désinflation manifeste au premier semestre 2013, la hausse des prix des produits alimentaires est restée élevée et croissante.   

     

En moyenne annuelle à juin 2013, l’inflation du groupe « alimentation » (8,7 %), avec celle du groupe « habillement » (6,8 %), sont les seuls qui dépassent l’inflation globale  (6,59 %). Cela confirme la forte incidence des prix de l’alimentation ; une situation analogue à celle de l’année précédente où la hausse annuelle moyenne à juin 2012 était de 8,8 %. De plus, leur contribution en juin 2013   (61,0 %), en progression de 5,7 points en un an, dépasse largement leur pondération (43,1 %) dans l’indice des prix à la consommation.  

 

Pour ce qui est de l’impact de l’inflation importée, il convient de relever que les prix intérieurs des produits agricoles importés ne reflètent pas suffisamment la tendance baissière de leur cours mondiaux, d’autant qu’ils bénéficient de subventions implicites que sont les exonérations de taxes et de droits de douanes. Les niveaux des prix intérieurs sont ainsi quasiment  toujours bien supérieurs à ceux des prix mondiaux, alors qu’ils devraient  évoluer parallèlement à la hausse comme à la baisse.  Par ailleurs, la tendance chez les principaux partenaires économiques de l’Algérie est à la désinflation, le rythme annuel en glissement étant inférieur à deux pourcent à juin 2013, soit 1,8 % pour les Etats-Unis et 1,6 % pour la zone euro.     

 

Au sein du groupe alimentation, les produits agricoles frais ont subi une inflation à deux chiffres et  de surcroît en hausse, passant de 12,9 % en juin 2012 à 14,8 % en juin 2013.  Ces produits qui ne représentent que 16,9 % de l’indice, ont généré près de la moitié de l’inflation en juin 2013 (48,6 %) contre 36,5 % un an auparavant, pendant que la progression des prix des produits alimentaires industriels a été relativement modérée. Leur inflation est estimée à seulement 3,3 % en juin 2013 contre 5,5 % un an auparavant et, de surcroît, leur contribution a baissé de 6,4 points à 12,3 %, pour une pondération de 26,2 %.

 

A en juger par leur contribution à la forte hausse des prix du groupe de  produits alimentaires, deux sous-groupes - légumes, viandes et abats de mouton - qui ensemble représentent 24,0 % de l’indice, génèrent  64,0 % de l’inflation de ce groupe en juin 2013. En outre cette contribution a progressé de 21 points de pourcentage depuis juin 2012.

 

L’inflation des prix des produits manufacturés est relativement  modérée, avec un taux de 4,3 % à juin 2013, en recul de 2,5 points de pourcentage, pendant que leur contribution a fléchi de 10,6 points à 24,1 %. Par ailleurs, l’inflation des prix des services s’est accélérée, passant de 4,2 % en juin 2012 à 5,8 % en juin 2013, avec une contribution à l’inflation (15,0 %) en progression de 4,9 points depuis juin 2012.

 

En termes d’inflation structurelle ou fondamentale, la tendance  de la désinflation amorcée en août 2012 (5,93 %) s’est poursuivie régulièrement pour atteindre 4,5 % à juin 2013.

 

Les prévisions effectuées en juin 2013 indiquent que l’inflation de 2013, en moyenne annuelle, serait dans les limites de l’objectif à moyen terme arrêté par le Conseil de la monnaie et du Crédit. La modération des décaissements au titre du budget de l’Etat, en contexte de décélération monétaire et la poursuite des actions de régulation et d’organisation des marchés, contribuent à la désinflation en 2013. 

 

En conséquence,  la tendance à la désinflation s’est confirmée au cours du premier semestre 2013 tant en moyenne annuelle qu’en glissement. Cependant, le niveau encore élevé des prix commande de maintenir l’effort de maîtrise de la liquidité et de l’expansion de la demande et de veiller à l’accroissement de l’offre. 

 

Enfin, dans le cadre du développement de crédits sains à l’économie et largement disséminés, visant à stimuler la production intérieure, le canal crédits bancaires reste potentiellement important en matière de financement à la fois de l’investissement productif des PME et du logement promotionnel (crédits hypothécaires). En appui à la réalisation de cet important objectif, l’absorption progressive des excès de liquidités sur le marché monétaire doit être accompagnée par des efforts soutenus des banques commerciales en matière de mobilisation des épargnes financières à terme des entreprises et des ménages. Ainsi, la mobilisation de l’épargne financière des ménages par les banques, impulsée par une rémunération adéquate en termes réels, constituera un puissant levier dans la lutte contre le phénomène inflationniste.