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TENDANCES
MONÉTAIRES ET FINANCIÈRES
AU SECOND SEMESTRE DE 2009
Après un premier trimestre marqué par le
caractère synchronisé d’une forte récession au niveau des
économies avancées suite à l’intensification de la crise
financière en 2008, soit la pire récession de l’histoire
récente, le second trimestre 2009 a vu les premiers signes
de stabilisation voire quelques indices de relative
amélioration de la conjoncture financière au niveau
international. Les différentes interventions publiques ont
contribué à réduire l’incertitude et le risque systémique au
niveau des marchés financiers. Ce qui a rendu possible le
rebond de la production mondiale et du commerce
international au second semestre 2009, pendant que la
croissance économique s’est étendue aux économies avancées
marquées par le phénomène de déflation.
Si le pire de la crise financière est passé,
il reste que des signes de dysfonctionnement du secteur
financier persistent dans les pays développés où les banques
commerciales sont encore dépendantes des soutiens
exceptionnels budgétaires et des banques centrales ; la
stabilité financière restant fragile dans de nombreux pays
développés même s’il y a un redressement des marchés
financiers et une diminution des risques macroéconomiques.
Dans ce contexte macroéconomique global
marqué notamment par l’élargissement des déficits
budgétaires et la montée des niveaux de dette publique, les
banques centrales des principaux pays développés (banque
centrale américaine et BCE) préparent un processus de
retrait progressif des mesures exceptionnelles - dites « non
conventionnelles » - qu’elles ont prises durant la crise
financière pour assurer la liquidité des marchés
financiers.
La propagation des effets de la crise
financière internationale (reflux brutal des entrées de
capitaux et forte exposition du secteur bancaire aux marchés
financiers internationaux) et de la récession des économies
développées aux pays émergents et en développement, au
premier semestre 2009, a poussé certains pays émergents,
notamment d’Asie, à mettre en œuvre des plans de relance
axés sur la demande intérieure. Ces pays émergents,
notamment la Chine et l’Inde, ont joué un rôle important
dans la reprise économique mondiale.
Par ailleurs, si les pays émergents d’Asie
sont exportateurs nets de capitaux, un nombre croissant de
pays émergents et en développement ont dû recourir aux
financements exceptionnels du Fonds Monétaire International
pour faire face à d’importants besoins de financements
extérieurs urgents en 2009. Aussi, la gravité de la crise
économique mondiale a montré que le niveau des réserves
officielles de change constitue un important élément de
sauvegarde (buffer) pour les pays émergents et les pays en
développement, vu le risque de contagion financière en
contexte de chocs externes.
Malgré l’effet du choc externe, à savoir
l’évolution défavorable des prix des hydrocarbures, sur la
situation budgétaire et sur la balance des paiements
extérieurs courants, les performances macroéconomiques de
l’Algérie restent robustes en 2009. De telles performances
sont en phase avec celles des huit dernières années qui ont
suivi le retour à la stabilité macroéconomique en 2000,
notamment grâce à des politiques financières prudentes.
1 - Situation de la
balance des paiements : une viabilité préservée
Après un excèdent record en 2008 (34,45
milliards de dollars), représentant une performance bien
meilleure que celle de l'année 2007 (30,54 milliards de
dollars), la balance des paiements courants a pu enregistrer
un surplus en 2009 (0,52 milliard de dollars), malgré
l’ampleur du choc externe inhérent à la grave crise
économique. Le déficit du premier semestre 2009 consécutif à
la chute des recettes d’exportations d’hydrocarbures en
témoigne.
Pour l'année 2009, avec un prix moyen du baril de pétrole
brut en diminution de 37,88 % par rapport à l'année 2008,
les exportations d'hydrocarbures totalisent 44,36 milliards
de dollars, correspondant à une forte contraction (- 42,53
%) par rapport à l'année 2008 (77,19 milliards de dollars).
En rythme semestriel, les exportations des hydrocarbures au
titre du second semestre 2009 sont évaluées à 24,39
milliards de dollars contre 19,97 milliards de dollars pour
le premier semestre. Ces exportations avaient atteint le
montant de 41,70 milliards de dollars au premier semestre
2008, soit un record historique en la matière.
Il importe de souligner que les cours du
baril de pétrole brut qui ont fortement baissé à partir de
juillet 2008, passant de 111,51 dollars le baril au premier
semestre à 88,22 dollars au second semestre 2008, sont
restés à un niveau conjoncturellement bas au premier
semestre 2009. Au titre de ce semestre, le cours moyen du
baril de pétrole brut s’est élevé à 52,23 dollars, soit
moins de la moitié du niveau moyen enregistré au premier
semestre de l’année 2008. Avec la progression des prix des
matières premières au second semestre 2009, le prix moyen de
pétrole brut s’est établi à 62,1 dollars/baril en 2009
contre 99,97 dollars en 2008.
La variabilité importante des prix du pétrole
est un phénomène marquant dans ce contexte de crise
financière internationale et de crise économique mondiale.
En effet, après un "pic" historique à plus de 145
dollars/baril au cours de la seconde semaine de juillet
2008, le prix du brent a chuté au second semestre, ayant
même atteint un point bas de 35 dollars vers la fin décembre
2008.
Si l'effet-prix est le principal déterminant de la forte
contraction des recettes d’exportations d’hydrocarbures en
2009, en contexte de variabilité importante des prix du
pétrole, la croissance négative des exportations en volume
(-9,76
%) a alimenté l’effet du choc externe sur la balance
courante des paiements extérieurs. La forte diminution des
exportations hors hydrocarbures en 2009, s’élevant à 0,67
milliard de dollars contre 1,40 milliard de dollars en 2008,
a constitué un autre élément de vulnérabilité même si la
contribution de cette catégorie d’exportations à la
viabilité de la balance des paiements courants reste très
faible.
Par ailleurs, face au choc externe inhérent à
la forte contraction des recettes d’exportations
d’hydrocarbures, l'année 2009 a été marquée par une relative
stabilisation des importations des biens et services. Cela
contraste avec la forte augmentation des importations des
biens et services en 2007 (30,71 %) et surtout avec
l’envolée enregistrée en 2008 (47,45 %). Cette performance
est d’autant plus appréciable qu’elle s’est conjuguée avec
la poursuite du programme d’investissements publics dont la
composante «importations» reste importante.
Quant aux importations de biens qui s'étaient
fortement accrues en 2007 (27,42 %), suivi d’une envolée en
2008 (44,17 %), leur niveau s’établit à 37,73 milliards de
dollars en 2009 contre 37,99 milliards de dollars en 2008.
L’année 2009 a connu ainsi une légère diminution en la
matière, après une tendance haussière de 2001 à 2008. En
rythme semestriel, cette diminution a été enregistrée au
second semestre 2009 où le niveau des importations des biens
est évalué à 17,83 milliards de dollars contre 19,90
milliards de dollars au premier semestre 2009 et 19,70
milliards de dollars au titre du second semestre 2008. Il
est utile de noter qu’à la résurgence de l'inflation
mondiale en 2008, alimentée par l’envolée des prix des
produits de base et des matières premières au premier
semestre, a succédé une déflation en 2009. Cette même année
a enregistré un rebond des prix des matières premières.
La diminution des importations de biens en 2009,
matérialisée au second semestre, a concerné principalement
les produits alimentaires (- 25,64 %), l’énergie et
lubrifiants (- 17,85 %) et les produits bruts (- 14,78 %).
Les importations de biens de consommation ont également
reculé en 2009 (- 4,71 %), en contexte de régulation
prudente et de renforcement du dispositif de traçabilité des
opérations avec l’extérieur. Par contre, les biens
d'équipement industriels en tant que principale composante
d’importation de biens ont poursuivi leur trend haussier au
rythme de 14,90 % contre 30,59 % en 2008. Le second poste
des importations de biens, représenté par les demi-produits,
a enregistré une faible progression en 2009 (2,34
%) par rapport à l’année 2008 (40,95 %). La poursuite du
programme d'investissements publics et l’augmentation du
rythme des investissements du secteur des hydrocarbures ont
contribué, dans une certaine mesure, au caractère soutenu
des importations des biens d'équipement industriels et des
demi-produits ; la demande des autres agents économiques
contribuant à la relative progression de celles des
demi-produits. La déflation dans les principales économies
avancées en 2009, année marquée par la crise économique
mondiale, a pu atténuer l’effet du choc externe lié aux
importations des biens d'équipement et des demi-produits qui
ont atteint 64,68 % des importations de biens en 2009.
Si les années 2007 et 2008 ont été marquées
par un nouvel élément de vulnérabilité pour la balance des
paiements, à savoir l'emballement des services non facteurs
importés (59,88 % en 2008) consécutif à l'augmentation
significative en la matière au titre de l'année 2007
(44,98 %), l’année 2009 a vu un faible rythme d’augmentation
(4,96 %) des services non facteurs importés. En effet, les
services non facteurs importés sont évalués à 11,63
milliards de dollars en 2009, après une progression de 4,78
milliards de dollars en 2006 à 6,93 milliards de dollars en
2007 et à 11,08 milliards de dollars au titre de 2008.
Si la diminution des services importés au
titre de la rubrique transport (2,95 milliards de dollars en
2009 contre 3,12 milliards de dollars en 2008 et 2,15
milliards de dollars en 2007) est liée à celle des
importations de biens, la progression des "services bâtiment
et travaux publics" (2,98 milliards de dollars 2,66
milliards de dollars en 2008 et 1,54 milliard de dollars en
2007) et la forte augmentation des "services techniques aux
entreprises" (4,10 milliards de dollars contre 3,4 milliards
de dollars en 2008 et 1,69 milliard de dollars en 2007)
s'explique principalement par les importations de services
au titre des infrastructures publiques, c'est-à-dire dans le
cadre de la réalisation du budget d'équipement de l'Etat, et
par certaines entreprises du secteur des hydrocarbures. Il
importe de souligner que les importations de services
techniques (prestations d'études, différentes assistances
techniques,…) avaient plus que doublé en 2008.
Au total, le niveau élevé de la demande
d'importations des biens et services en 2009, porté par
l’envolée enregistrée en 2008, n'est pas en phase avec
l'évolution des fondamentaux économiques et celle de la
balance des paiements, à mesure que l'économie algérienne
reste fortement tributaire des exportations d'hydrocarbures
qui ont chuté en 2009.
Sous l'angle des autres transactions
courantes avec le reste du monde, le solde des revenus des
facteurs et celui des transferts courants ont poursuivi leur
bonne amélioration en 2009, après la performance appréciable
de l’année 2008. Après la période de remboursement par
anticipation de la dette extérieure 2004-2006, l’évolution
de la rubrique revenus des facteurs (nets) est
principalement déterminée par les transferts des associés de
l’entreprise nationale des hydrocarbures. En effet, la nette
amélioration de la balance revenus des facteurs (nets) en
2007 et 2008, avec un déficit de seulement 1,83 milliard de
dollars et 1,34 milliard de dollars contre 4,52 milliards de
dollars en 2006, est confirmée en 2009 avec un déficit de
seulement 1,08 milliard de dollars. L’amélioration
tendancielle des revenus des investissements de l'Algérie à
l'étranger, essentiellement les revenus au titre des
placements des réserves officielles de change par la Banque
d'Algérie, représente un effet de balancier face aux
transferts des associés de l’entreprise nationale des
hydrocarbures.
Quant aux transferts courants (nets),
principalement les transferts des retraites, qui avaient
enregistré une diminution en 2006 par rapport au trend et
atteint 2,78 milliards de dollars en 2008, le solde positif
de l'année 2009 (2,92 milliards de dollars) représente un
excédent record en la matière au titre de la
décennie.
Par ailleurs, il importe de souligner que les
acquis résultants de la stratégie de désendettement
extérieur conduite entre 2004 et 2006 se sont matérialisés
en 2008, au second semestre, par un excédent du compte
capital et opérations financières. Cette même année a été la
première année où le compte capital et opérations
financières a réalisé un solde positif (2,54 milliards de
dollars) et par là, contribuant à la viabilité de la balance
des paiements, après une longue période de vulnérabilité du
compte capital. Au titre de l’année 2009, le compte capital
a enregistré une performance meilleure (3,12 milliards de
dollars), soutenue par l’excédent de la balance des capitaux
(1,46 milliard de dollars) qui était structurellement
déficitaire.
L’excédent de la balance des capitaux en
2009, en tant que solde des flux de financements extérieurs
de moyen et long termes, s’explique par le faible niveau du
principal de la dette extérieure et par l'augmentation de
mobilisations de crédits extérieurs au titre de la nouvelle
allocation DTS par le Fonds Monétaire International. Cette
nouvelle allocation DTS évaluée à 1,73 milliard de dollars
est comptabilisée dans la dette extérieure à moyen et long
termes, pendant qu’elle augmente les avoirs extérieurs. Il
s’agit là d’une règle pour l’établissement de la balance des
paiements.
Quant à la deuxième composante du compte
capital, à savoir les investissements directs étrangers, le
niveau des flux nets d’investissements directs de l’année
2009 (2,32 milliards de dollars) est appréciable après
l’augmentation significative enregistrée en 2008. La
rubrique investissements directs étrangers (nets) avait
atteint 2,33 milliards de dollars en 2008 contre 1,37
milliard de dollars pour l’année 2007. Pour l’année 2009,
les flux d’investissements directs étrangers sont pour
l’essentiel au titre d’entrées de capitaux liées à
l’augmentation des fonds propres des banques et
établissements financiers étrangers opérant en Algérie,
consolidant la stabilité financière du secteur bancaire en
contexte de crise financière internationale et de crise
économique mondiale.
L'excédent du compte capital et opérations
financières de la balance des paiements de l'Algérie en 2009
représente une performance particulière qui permet au pays
de faire face au "choc externe" de grande ampleur inhérent à
la situation de très forte contraction des financements
extérieurs pour les pays émergents et de durcissement de
leurs conditions. C'est donc un important élément de
sauvegarde, vu la gravité de la crise financière
internationale et la persistance de ses effets négatifs en
2009.
Au total, après la performance particulière
de l’année 2008 où l'excédent a culminé à 36,99 milliards de
dollars, la balance des paiements globale de l’année 2009 a
clôturé avec un excédent de 3,64 milliards de dollars. Cette
bonne tenue de la balance des paiements globale est plus
ancrée sur la situation nouvelle d'excédent du compte
capital, en contexte de net amenuisement de l’excédent du
compte courant reflétant l’ampleur du choc externe de 2009.
Une telle performance conforte davantage la position
financière extérieure de l'Algérie et témoigne de sa
résilience. Aussi, l’augmentation corrélative des réserves
officielles de change confirme l’acquis inhérent à la
gestion prudente de la position financière extérieure par la
Banque d’Algérie durant les années d’accumulation soutenue
en la matière, à savoir les années 2004 à 2008.
Historiquement et sous l’angle du cycle long, l’année 2009 a
été donc démonstrative en terme de résilience face au choc
externe.
L’excédent global de la balance des paiements
alimente les réserves officielles de change dont l'encours
(y compris les avoirs en DTS) a atteint, ainsi, 148,95
milliards de dollars à fin décembre 2009. Par contre, le
niveau des réserves officielles de change, non compris les
avoirs en DTS, est évalué à 147,221 milliards de dollars à
fin décembre 2009 contre 143,102 milliards de dollars à fin
décembre 2008. Il était passé de 77,781 milliards de dollars
à fin 2006 à 110,180 milliards de dollars à fin 2007. En
outre, le taux de couverture des importations de biens et
services par les réserves officielles de change (non compris
les avoirs en DTS) s'est amélioré en 2009, atteignant près
de 36 mois contre près de 35 mois en 2008. Pour mémoire,
l’année 2007 a enregistré un "pic" (près de 40 mois) en la
matière.
Etant donnée la structure par devise des
rapatriements et des paiements extérieurs de l’Algérie, la
composition des réserves par devise fait l’objet d’un suivi
particulier et d’un ajustement prudent, à mesure que la
volatilité des taux de change des principales devises a été
prononcée en 2009. A la fin de cette même année, la
composition des réserves de change par devise d’origine,
exprimée en équivalent dollars, est constituée
principalement en dollars (46 %) et en euros (42 %).
Par ailleurs, malgré l'augmentation graduelle
des avoirs en devises des banques et établissements
financiers, la Banque d'Algérie reste la principale source
de devises offertes sur le marché interbancaire des changes
où la détermination des cours, applicables aux opérations
conclues suivant les règles et usages internationaux, relève
des mécanismes de marché. Il s’agit d’un régime dit de
flottement dirigé du taux de change du dinar vis-à-vis des
principales devises, monnaies des plus importants
partenaires commerciaux de l'Algérie. Sous l'angle
opérationnel, la Banque d'Algérie intervient sur le marché
interbancaire des changes pour veiller à ce que le mouvement
du taux de change nominal n'affecte pas l'équilibre de long
terme du taux de change effectif réel du dinar.
Aussi, le taux de change effectif réel du
dinar à fin 2009 est resté proche de l'équilibre, avec une
dépréciation moyenne d’environ 2 % contre une appréciation
de 1,6 % en moyenne annuelle en 2008, sachant que l’année
2009 a été marquée par l’élargissement du différentiel
d’inflation à hauteur de 5,3 %. En dépit de ce choc pour
l’économie nationale, la politique de taux de change
conduite par la Banque d’Algérie est bien en phase avec la
stabilité externe, elle même ancrée sur une solidité marquée
de la position financière extérieure nette de l'Algérie. La
poursuite de la stabilisation du taux de change effectif
réel du dinar doit être accompagnée par d'autres mesures de
politique économique visant à accroître la productivité et
la diversification de l'économie nationale.
Sous l'angle de la consolidation de la
position financière extérieure nette de l'Algérie, le niveau
important des réserves officielles de change conjugué au
faible encours de la dette extérieure à moyen et long termes
(3,92 milliards de dollars fin 2009) est un élément de
sauvegarde (buffer), témoignant du succès de la conduite de
la stratégie de désendettement extérieur complétée avant
l'avènement de la crise financière internationale.
Enfin, il importe de souligner que la
politique de placement des réserves de change conduite par
la Banque d’Algérie (sécurité des placements, composition
par devise et instruments, meilleure gestion des risques) a
contribué à atténuer l’effet de la forte contraction des
recettes d’exportation d’hydrocarbures sur le niveau des
réserves officielles de change de l’Algérie. En effet, ces
placements des réserves de change ont produit des revenus
appréciables dans un environnement de très faibles
rendements sur les marchés internationaux, tout en
préservant le capital (réserves officielles de change).
2. De la résilience des
finances publiques
Les révisions de clôture des éléments de la
situation globale du Trésor (recettes et dépenses
budgétaires, opérations financières de l’Etat, …) pour 2009
sont effectuées sur la base des réalisations à fin novembre
2009.
Ces prévisions indiquent un niveau de recettes budgétaires
(hors dons) qui est passé de 5190,2 milliards de dinars en
2008 à 3685,5 milliards de dinars en 2009, soit une
contraction de 29 %. Cette baisse est due principalement à
la diminution des recettes de la fiscalité pétrolière (-
41,86 %), quasi équivalente à la contraction des recettes
d’exportations d’hydrocarbures, en contexte de hausse de la
fiscalité ordinaire (19,79 %). La forte baisse des recettes
des hydrocarbures est inhérente principalement à la baisse
des prix des hydrocarbures sur le marché international, mais
aussi à la baisse des quantités des hydrocarbures exportées.
En conséquence, les recettes du budget au titre des
hydrocarbures (fiscalité pétrolière et redevance) ne
représentent plus que 65,45 % du total des recettes
budgétaires contre 78,77 % en 2008.
En effet, les recettes des hydrocarbures sont
passées de 4088,6 milliards de dinars en 2008 à 1238,7
milliards de dinars à fin juin 2009 et puis à une estimation
de 2412,7 milliards de dinars pour toute l’année 2009, alors
que les recettes hors hydrocarbures sont passées de 1101,6
milliards de dinars en 2008 à 723,9 milliards de dinars à
fin juin 2009 et à 1272,8 milliards de dinars en 2009, soit
une hausse de 15,54 % pour toute l’année 2009, selon
l’estimation. La fiscalité pétrolière a excédé l’objectif
fixé dans la loi de finances pour 2009 (1927 milliards de
dinars pour un prix de baril de pétrole brut de 37 dollars)
à concurrence de 400,7 milliards de dinars. Cet excédent a
permis de couvrir les dépenses de fonctionnement et,
partiellement, les dépenses d‘équipement. De plus, le niveau
des dépenses d’équipement engagées a nécessité une ponction
nette sur le Fonds de régulation des recettes pour 354,3
milliards de dinars au titre de l’exercice 2009.
Les recettes hors hydrocarbures, quant à
elles, sont estimées à 1272,8 milliards de dinars et se
répartissent pour 1156,2 milliards de dinars au titre de la
fiscalité ordinaire (90,84 %) et pour 116,6 milliards de
dinars pour les recettes non fiscales (9,16 %). Les recettes
de la fiscalité ordinaire se sont accrues de 19,79 %. Les
hausses les plus significatives sont enregistrées au titre
des impôts sur les revenus et les bénéfices (39,58 %) et des
impôts sur les biens et services (8,59 %). Les droits de
douane n’ont augmenté que légèrement (4,55 %), en raison de
la stabilisation des importations des biens en 2009.
Avec une part en baisse dans le total des
recettes hors hydrocarbures (11,69 % au premier semestre et
9,16 % pour l’année 2009), les recettes non fiscales ont
enregistré une baisse de 14,52 % par rapport à l’année 2008.
Cette baisse est due à la baisse des produits des domaines
et produits divers du budget, alors que les dividendes
versés par la Banque d’Algérie sont en hausse (48,2
milliards de dinars contre 22,5 milliards de dinars en
2008).
Les prévisions de clôture au titre des
dépenses budgétaires donnent un montant de décaissements de
4372 milliards de dinars en 2009, en progression de 4,32 %
par rapport à l’année 2008. La hausse des dépenses de
fonctionnement est estimée à 4,61 % et celle des dépenses
d’équipement à 4 %. La structure des dépenses de
fonctionnement indique une hausse plus significative des
transferts courants.
Par ailleurs, l’effort budgétaire en soutien
à la relance de l’activité économique, représenté par les
importants programmes d’investissement publics, s’est
poursuivi en 2009 (4 %), en dépit de la forte contraction
des recettes budgétaires provenant des hydrocarbures.
L’impact de cette forte contraction des
recettes au titre de la fiscalité pétrolière s’est traduit
par un déficit budgétaire estimé à 685,7 milliards de dinars
en 2009, soit le premier déficit de la décennie. En outre,
l’accroissement des prêts nets du Trésor qui sont estimés à
près de 170 milliards de dinars a contribué à élargir le
déficit global du Trésor (850 milliards de dinars). Cette
baisse significative de la capacité de financement du Trésor
au titre de l’exercice 2009 a conduit à l’utilisation des
ressources du Fonds de régulation des recettes pour un
montant net de 354,3 milliards de dinars.
3. Tendances monétaires :
rebond des crédits bancaires en contexte d’expansion
monétaire modérée
L’analyse du cycle monétaire au cours des dix
dernières années met en avant l’importance accrue du rôle
des avoirs extérieurs comme déterminant structurel de
l’expansion monétaire en Algérie, à mesure que les avoirs
extérieurs nets dépassent, depuis fin 2005, les liquidités
monétaires et quasi monétaires dans l'économie nationale.
L’année 2009, sous l’effet du choc externe
inhérent à la grave crise économique mondiale, s’est
caractérisée par des rythmes de croissance modérés des
agrégats de monnaie, voire même une contraction de la masse
monétaire M2 au premier semestre. En particulier, si
l’agrégat avoirs extérieurs nets était la principale source
de croissance monétaire, d'une manière soutenue, depuis
l'année 2000, cet agrégat n’a pas alimenté le processus de
création monétaire en 2009.
L'agrégat avoirs extérieurs nets qui avait
enregistré une forte progression (38,18 %) en 2008,
correspondant à un "pic" historique, s'est établi, en
équivalent dinars, à 10890,52 milliards de dinars à fin
décembre 2009 contre 10604,30 milliards de dinars à fin juin
2009 et 10246,96 milliards de dinars à fin décembre 2008.
Cette faible progression des avoirs extérieurs nets en 2009
témoigne de l’impact du choc externe sur la situation
monétaire en contexte de résilience de la position
financière extérieure.
Après le recul du taux d'expansion monétaire
en terme de M2 au second semestre 2008 (5,36 %) contre 10,13
% au premier semestre 2008, le premier semestre 2009 a même
enregistré une contraction monétaire (-1,13 %). Une telle
contraction monétaire représente même un choc pour la
situation monétaire. L’expansion (5,44 %) de M2 au second
semestre 2009 a permis de contrebalancer l’effet de la
contraction monétaire du premier semestre, débouchant sur un
rythme modéré de création de monnaie en 2009 (4,25 %).
Cette faible progression de la masse
monétaire M2, contrairement au dynamisme en la matière au
cours des années passées, reflète l'impact du choc externe
sur la situation financière des entreprises du secteur des
hydrocarbures dont le stock d’épargnes financières s’est
contracté en 2009, en contexte de mise en œuvre d'un
important programme d'investissements. La prédominance de
l’autofinancement dans la structure de financement de ce
programme d’investissements a conduit à une forte
contraction des dépôts du secteur des hydrocarbures
(-40,50 %) en 2009.
Une contraction de telle ampleur résulte de
l’amenuisement des recettes d’exportations d’hydrocarbures
(42,53 %), alors que le programme d’investissements du
secteur des hydrocarbures comporte une forte composante
d’importations de biens et services. Dès le second semestre
2008, les dépôts du secteur des hydrocarbures ont commencé a
enregistré une baisse significative corrélative à l’effet du
choc externe et ce, suite à leur forte augmentation au
premier semestre 2008 (16,89 %). Les dépôts des autres
entreprises publiques ont aussi baissé à concurrence de 2,35
% en 2009, alors que les dépôts collectés par les banques
auprès des entreprises privées et ménages ont enregistré une
expansion de 14,46 %.
Par contre, hors dépôts du secteur des
hydrocarbures qui représente 24,26 % de l’ensemble des
dépôts à vue, la masse monétaire M2 a enregistré une
croissance de 14,55 % en 2009 et ce, principalement au
second semestre.
Si l’agrégat avoirs extérieurs nets n’a pas alimenté le
processus de création monétaire en 2009, phénomène inhérent
au choc externe, l’agrégat crédit intérieur, principalement
sa composante crédit à l’économie, émerge comme déterminant
dans le processus de création monétaire. En effet, les
crédits à l'économie (hors rachat de créances non
performantes) ont augmenté de 18,51 %, soit au rythme de
10,34 % au second semestre, contre 18,60 % en 2008, confirmant
le caractère soutenu de la reprise des crédits à l'économie.
Il s’agit là de crédits distribués directement à la
clientèle ou par le biais de l’investissement en obligations
émises par cette clientèle. Y compris les rachats de
créances non performantes par le Trésor, la progression des
crédits bancaires est évaluée à 16,43 %. De plus, sous
l’effet de forte croissance des crédits à moyen et long
termes dans les secteurs notamment de l’énergie et de l’eau,
la part des crédits à moyen et long termes est montée à
56,58 % à fin 2009 contre 52,62 % à fin 2008. La dynamique
du financement à long terme de grands projets
d'investissements dans les secteurs de l'énergie et de l'eau
a contribué à une telle performance en terme de rallongement
des maturités des financements bancaires.
Certains financements bancaires sont adossés
à des prêts du Trésor aux banques, pendant que les flux de
fonds en provenance de la sphère budgétaire au titre des
décaissements réalisés sur le budget d’équipement (dépenses
d’investissement de l’Etat) sont sur un trend à la hausse.
En dépit de l’importance de la part des
crédits distribués au secteur privé qui s’est située entre
51 et 52 % en 2008-2009, le développement des crédits aux
PME reste en deçà de l'objectif recherché à travers les
différentes mesures prises par les pouvoirs publics pour
faciliter des crédits aux PME (création des organismes de
garanties aux fonds propres conséquents, bonification des
taux d'intérêt,…). Dans ce contexte, il importe de souligner
que le niveau élevé des risques de crédit sur des groupes
privés de fait et les créances non performantes corrélatives
contribuent, dans une certaine mesure, à l'aversion des
banques en la matière, pendant que leur faiblesse sur le
plan de la gestion des risques de crédit persiste. Si l’Etat
continue de poursuivre ses efforts en matière
d’assainissement des portefeuilles des banques publiques,
pour consolider davantage la solidité du secteur bancaire en
Algérie, les conditions de financement bancaire favorables
ne doivent aucunement alimenter les créances non
performantes des banques et par là, conduire à une «bulle»
financière.
Sous l’angle de la conduite de la politique
monétaire, la progression des crédits à l'économie en 2009
(18,51 %) est à la fois appréciable et en phase avec
l'objectif de croissance de 22 - 23 % arrêté par le Conseil
de la monnaie et du crédit. Cette forte expansion des
crédits à l'économie, dans le nouveau contexte de
progression monétaire modérée, fait émerger l'importance du
"canal" crédit dans la transmission des effets des récents
développements monétaires, à mesure que les crédits à moyen
et long termes se sont accrus de 23,65 % en 2009 contre
20,95 % pour l’année 2008. Leur encours est passé de
1426,102 milliards de dinars à fin 2008 à 1610,274 milliards
de dinars à fin juin 2009, pour ensuite atteindre 1764,098
milliards de dinars à fin 2009 (56,89 % du total des
crédits). Ce qui confirme que les financements bancaires de
l’investissement sont bien sur un trend de forte expansion,
portée par des conditions de financement favorables : offre
de fonds prêtables accrue, rallongement des maturités, taux
d’intérêts réels faibles voire quasi négatifs, … . Quant aux
crédits à court terme, leur progression a été modérée
comparativement à l’expansion des crédits à moyen et long
termes, soit 12,30 % en 2009 contre 15,91 % en 2008 (hors
rachat de créances non performantes).
En tant que seconde composante de l’agrégat
crédit intérieur, les créances sur l’Etat (nettes) sont
restées quasi stables en 2009, témoignant de la résilience
du Fonds de régulation des recettes. Dans ce contexte de non
monétisation des ressources du Fonds de régulation des
recettes, le rythme modéré d’expansion de la masse monétaire
M2 en 2009 (4,25 %), année marquée par une contraction en la
matière au premier semestre (-1,13 %), est un phénomène
monétaire non enregistré auparavant par l'économie nationale
et qui révèle l'ampleur du choc externe en 2009,
principalement au premier semestre. En conséquence, la
progression de M2 en 2009 est en deçà de l’objectif de
croissance de cet agrégat monétaire arrêté par l'autorité
monétaire, le Conseil de la monnaie et du crédit, à 12 - 13
%, tout en maintenant l'objectif d'inflation dans la limite
de 4 %.
L'évolution de la structure de la masse
monétaire M2 a été marquée en 2009 par une contraction des
dépôts à vue auprès des banques (- 12,45 %) et une expansion
de la quasi monnaie (12,01 %). C'est ainsi que la part des
dépôts à vue auprès des banques, relativement à M2, a
diminué en 2009 (35,58 % à fin décembre contre 42,36 % à fin
2008), en contexte de contraction des dépôts à vue au niveau
des banques publiques (14,65 %) et de croissance
significative des dépôts à vue auprès des banques privées
(12,16 %).
La part de la quasi monnaie (dépôts à terme
en dinars et dépôts en devises), quant à elle, a progressé,
passant de 28,62 % à fin décembre 2008 à 30,45 % à fin juin
2009 et à 30,75 % à fin 2009). Au total, les moyens d'action
des banques ont enregistré une contraction en 2009 (- 2,59
%), principalement au premier semestre, de sorte que
l’accroissement de M2 en 2009 (4,25 %) est dû
essentiellement à la forte expansion de la circulation
fiduciaire et des dépôts auprès des CCP et du Trésor
public.
Il est à noter que les dépôts collectés par
les banques auprès des ménages représentent 67,89 % de
l’ensemble des dépôts du secteur privé en 2009, alors que
cette part relative est plus élevée (79,97 %) en ce qui
concerne les dépôts en devises.
L’analyse de l’évolution en 2009 des
composantes de la masse monétaire (M2) permet d’élucider les
principales tendances monétaires :
• l’agrégat de la circulation fiduciaire,
s’élevant à 1 828,7 milliards de dinars à fin 2009
contre 1 540 milliards de dinars à fin 2008, s’est accru
en 2009 de 18,75 % contre 19,89 % en 2008 et 18,78 % en
2007, en contexte de croissance modérée de M2. De ce
fait, la part de la monnaie fiduciaire par rapport à M2
est passée à 22,14 % et 25,22 %, respectivement en 2008
et 2009. Depuis 2006, l’accroissement de la circulation
fiduciaire est plus élevé que celui du PIB hors
hydrocarbures à prix courants, témoignant des
comportements des ménages en terme de demande
d’encaisses. Ce qui indique un fort ralentissement de la
vitesse de circulation de la monnaie ;
• la monnaie scripturale dans les banques
(dépôts à vue et quasi-monnaie) a enregistré une
contraction de 2,59 % en 2009, contrastant avec les
fortes croissances de 2008 (14,26 %) et de 2007 (27,11
%) ;
• les dépôts aux CCP et au Trésor ont
fortement progressé (24,81 %), pendant que l’essentiel
des sorties de fiduciaire continue à s’effectuer à
travers Algérie Poste ;
• la part de la quasi-monnaie
relativement à M2 a progressé en 2009, soit 30,75 %
contre 28,62 % en 2008 et 29,38 % en 2007.
Corrélativement à la progression modérée de la masse
monétaire M2 et la hausse des crédits à l’économie, la
liquidité bancaire a, quant à elle, enregistré une
contraction, la première de la décennie. La liquidité des
banques, tout en restant ample, est passée de 2845 milliards
de dinars à fin 2008 à 2549 milliards de dinars à fin juin
2009, correspondant à une contraction de 10,41 %. Une telle
contraction s’est poursuivie au second semestre 2009, au
rythme de 3,98 % ; cet agrégat terminant l’année avec un encours de 2448
milliards de dinars. La forte contraction des dépôts du
secteur des hydrocarbures et la hausse des épargnes
financières du Trésor public auprès de la Banque d'Algérie
expliquent largement cette contraction de la liquidité des
banques.
L’excès de l’offre de fonds prêtables sur le
marché monétaire interbancaire reste encore important et la
Banque d’Algérie a continué à absorber l’excès de liquidité
par le biais de reprises de liquidité (1100 milliards de
dinars tout au long de l’année 2009) et les banques, à leurs
initiatives, ont placé à 24 heures à la Banque d’Algérie en
facilité marginale de dépôts, le complément de liquidité
dépassant le niveau des réserves obligatoires
réglementaires. Ce complément, qui était de 1400,4 milliards
de dinars à fin 2008, se situe à 1022,1 milliards de dinars
à fin 2009.
La Banque d'Algérie a poursuivi sa politique de résorption
de l'excès de liquidité des banques par la technique de
reprises de liquidité (à 7 jours et à 3 mois) et la facilité
de dépôts rémunérés. Parallèlement, et à l’instar des autres
banques centrales, les taux d'intervention de la Banque
d'Algérie ont été révisés à la baisse début mars 2009, soit
1,25 % contre 2 % pour les reprises de liquidité à trois
mois, 0,75 % contre 1,25 % pour les reprises à 7 jours et
0,30 % contre 0,75 % pour la facilité de dépôts rémunérés.
Mi-mars 2009, le taux d'intérêt pour les réserves
obligatoires a été fixé à 0,50 %, alors qu’il était
auparavant de 0,75 %. En conséquence, la rémunération
moyenne pondérée des reprises de liquidité est passée de
1,437 % à fin décembre 2008 à 0,875 % à partir de mai 2009 ;
le taux de constitution des réserves obligatoires restant à
8 % depuis janvier 2008.
Afin de compléter la mise à niveau du cadre
opérationnel de la politique monétaire, en cohérence avec
les développements récents au niveau international suite à
la crise financière, le Conseil de la monnaie et du crédit a
édicté en mai 2009 un nouveau règlement en matière
d'interventions de la Banque d'Algérie sur le marché
monétaire, ses opérations hors marché ainsi que les
instruments de politique monétaire. Il s'agit d'un cadre
réglementaire détaillé portant à la fois sur les opérations
de refinancement des banques, les opérations de reprises de
liquidité excédentaire sur le marché monétaire et sur les
facilités (de prêts et de dépôts) à l'initiative des
banques. Ce qui apporte désormais de l'innovation à la
conception et la mise en œuvre de la politique monétaire en
Algérie. Ainsi, la Banque d'Algérie est dotée d'une
instrumentation monétaire lui permettant de continuer à
faire face au phénomène d'excès de liquidité, en contexte de
risques à la hausse pour la stabilité des prix en 2009.
L’inflation poursuit en 2009 sa tendance
haussière entamée en 2007, alors qu’elle a reculé presque
partout dans les pays développés voire atteindre des taux
négatifs, notamment dans les principaux pays partenaires
commerciaux. Cependant, les déterminants de l’inflation ont
changé car l’inflation endogène a pris le relais de
l’inflation importée, en contexte de faible croissance de la
masse monétaire. Ce sont donc les hausses des prix des
produits alimentaires, et singulièrement les produits
agricoles frais, qui ont généré l’essentiel de la
croissance de l’indice des prix. L’inflation annuelle
moyenne, mesurée par l’indice national des prix à la
consommation, base 2001, est de 6,4 % (contre 3,9 % en 2008
et 1,8 % en 2006 base 1989). En ce qui concerne l’indice des
prix de la capitale, il a progressé de 5,7 %.
La contribution des groupes de produits à
l’inflation annuelle moyenne fait apparaître l’incidence
déterminante de la hausse des prix des produits alimentaires
qui engendre 72 % de la hausse globale. De surcroît, après
avoir fléchi de 3,0 % en 2008, l’indice des prix de gros
des fruits et légumes a progressé de 12,6 % en 2009,
retrouvant son niveau de l’année 2007.
Il importe de rappeler que la stabilité des
prix est un préalable pour asseoir une allocation optimale
des ressources par les banques aux secteurs économiques non
financiers les plus performants. Si le système bancaire en
Algérie, principal pourvoyeur de financements à l’économie
et faiblement exposé aux risques de marchés financiers
internationaux, est en excès structurel de liquidité, son
efficacité fonctionnelle sous l’angle de l’intermédiation
requise doit s’inscrire sur le sentier d’une amélioration
soutenue.
L’amélioration en 2009 du cadre opérationnel
de l’activité bancaire par l’autorité monétaire et la Banque
d’Algérie ainsi que l’augmentation du capital des banques et
établissements financiers, au second semestre 2009, sont des
acquis appréciables pour la stabilité financière. Ce qui
milite pour un renforcement des instruments macroprudentiels,
d’autant plus que les instruments microprudentiels sont
effectifs.
4. Monétisation et flux de
fonds
Dans une économie donnée, selon la définition
usitée, la monnaie est créée à l’occasion de la monétisation
des actifs non monétaires. Ces actifs sont les créances sur
l’Etat et les créances sur l’économie (reconnaissance de
dettes en contrepartie de distribution de crédits) ainsi que
les avoirs extérieurs (acquisition de devises étrangères).
En vertu de cette définition, et compte tenu
de la réglementation des changes en vigueur en Algérie, les
devises rapatriées par les agents économiques au titre des
exportations de biens et services sont cédées à la Banque
d’Algérie (100 % pour les exportations d’hydrocarbures,
50 % pour les exportations hors hydrocarbures, 50 % pour les
exportations de services) contre la monnaie banque centrale.
Les devises ainsi achetées, nettes de ventes des devises
effectuées sur le marché interbancaire des changes au profit
des agents économiques résidents pour répondre à leurs
obligations de transfert vers l’étranger, alimentent les
réserves officielles de change détenues par la Banque
d’Algérie.
Si les banques centrales, de par le monde,
détiennent les avoirs extérieurs et accumulent donc des
réserves de change principalement pour des raisons de
politique de change et de prévention des crises,
l’accumulation des réserves officielles de change par la
Banque d’Algérie entre 2004 et 2008 a constitué un important
élément de sauvegarde («buffer») contre les chocs externes
(baisses des recettes d’exportation et/ou sorties soudaines
de capitaux) résultant de la grave crise financière
internationale en cours.
Les réserves officielles de change détenues
par la Banque d’Algérie, qui sont les créances sur les pays
émetteurs des devises, constituent la garantie de toute la
masse monétaire (en dinars) dans l’économie nationale,
c'est-à-dire en possession des agents économiques (Etat,
entreprises et ménages). Si la loi définit clairement les
devises étrangères comme élément de couverture de la monnaie
nationale (le dinar), la contrepartie de ces réserves de
change se retrouve dans l’économie nationale au niveau :
• des dépôts de Sonatrach auprès de la
BEA (contrepartie de cessions des recettes d’exportation
d’hydrocarbures non utilisées) ;
• des dépôts de l’Etat dans ses comptes
tenus sur les livres de la Banque d’Algérie (part de la
fiscalité pétrolière non dépensée) ;
• des dépôts des autres agents
économiques non financiers auprès des banques.
L’utilisation des réserves de change détenues
par la Banque d’Algérie par les agents économiques résidents
passe par l’achat de ces réserves sur le marché
interbancaire des changes contre monnaie nationale pour
répondre à leurs obligations de transfert vers l’étranger,
soit au titre de leurs paiements courants (importation de
biens et services,…) ou de remboursements d’emprunts et
investissements à l’étranger, ce qui entraîne de facto une
destruction de monnaie au sens de M2.
Pour mémoire, la monétisation des réserves
officielles de change se retrouve, selon les données de fin
décembre 2009, en ressources accumulées par l’Etat dans le
Fonds de régulation des recettes pour l’équivalent de 59
milliards de dollars, en dépôts de Sonatrach auprès de la
BEA pour l’équivalent de 10,6 milliards de dollars, en
dépôts des agents économiques non financiers auprès des
banques pour l’équivalent de 73,6 milliards de dollars et 4
milliards de dollars en dépôts en devises.
En particulier, il importe de rappeler que
l’Algérie a fait bon usage de ses réserves de change en en
consacrant une partie au remboursement par anticipation de
la dette extérieure entre 2004 et 2006, c'est-à-dire à la
veille de la crise financière internationale. De plus, une
position financière extérieure confortable demeure requise
pour s’assurer de la bonne réalisation du programme
d’investissements publics, tout en préservant la stabilité
financière externe.
Si l’économie nationale a été résiliente face
à la crise économique mondiale en 2008 et 2009, notamment
grâce à la conduite de politique financière prudente tant au
plan de la balance des paiements et de la dette extérieure
qu’au plan des finances internes, et a pu atteindre une
croissance hors hydrocarbures proche de deux chiffres en
2009, il est aujourd’hui économiquement intelligible et même
impératif d’éviter toute démarche conduisant à une mauvaise
allocation des ressources (en dinars et en devises).
La disponibilité des ressources en devises
(réserves de change) et en dinars (fonds de régulation et
liquidité bancaire) a permis à l’économie nationale de faire
face à la crise économique mondiale en réalisant une
performance économique robuste, tout en poursuivant le
programme d’investissements publics en 2008-2009. De tels
acquis, en période de grave crise économique mondiale,
doivent être consolidés au profit d’une croissance
économique endogène et proche de son potentiel, en
préservant davantage la stabilité macro économique.
Dans le cadre d’une allocation efficiente des
ressources, portée par une intermédiation bancaire solide,
l’adéquation avoirs extérieurs – crédits intérieurs est
conduite par la Banque d’Algérie d’une manière prudente dans
l’objectif de stabilité monétaire et financière. Dans cette
phase de poursuite du programme d’investissements publics,
nécessaire pour asseoir les bases du développement
économique et social de long terme au profit des générations
futures, la préservation des réserves de change de l’Algérie
doit prendre une place particulière, en terme de priorité,
dans la gestion macro-économique.
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