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TENDANCES
MONÉTAIRES ET FINANCIÈRES
AU PREMIER SEMESTRE DE 2008
1.
L’environnement
économique international s’est caractérisé, au cours du premier semestre
2008, par la propagation des effets de la crise financière dont l’origine est
la crise des subprime. A la
persistance de graves turbulences sur les marchés financiers internationaux,
causant des perturbations financières mondiales et d'importantes pertes pour
les banques internationales, s’est ajoutée un second important défi, représenté
par la résurgence des tensions inflationnistes à l'échelle mondiale.
L'ampleur
et la persistance de difficultés de financement de banques de premier rang au
niveau international ont amené les banques centrales à prendre des mesures
exceptionnelles, d'une manière concertée à partir de décembre 2007, afin de
pourvoir à la liquidité des marchés financiers et contribuer ainsi à ce que
la crise de liquidité n'empire. Cela a fait émerger, aussi, la nécessité de
renforcer la surveillance prudentielle de la gestion de la liquidité.
Les
pertes et les dépréciations d’actifs subies, essentiellement par les banques
américaines et européennes, et annoncées au cours des premier et second
trimestres de 2008, témoignent de l’ampleur de la crise des subprime.
Les
évaluations des institutions financières internationales indiquent clairement
que les doutes persistent sur la solvabilité des institutions financières qui,
en plus des pertes liées aux subprime, vont faire face à des pertes
additionnelles liées à leurs prets traditionnels. De plus, cette crise a
fortement touché les deux institutions fédérales d’assurance et de
refinancement hypothécaire, mettant en avant de nouveau la perception des
risque systémiques.
L’ampleur
de la crise financière est telle que la santé de banques de premier rang, en
Europe et aux Etats-Unis, reste un motif de préoccupation majeure en 2008.
Malgrè l’importance accrue des pertes et les dépréciations d’actifs
annoncées au premier semestre 2008, les banques internationales subiront encore
d’importantes dépréciations additionnelles de leurs actifs. En particulier,
les banques rencontrent déjà beaucoup de difficultés pour reconstituer leurs
fonds propres, pendant que la croissance des crédits aux entreprises est
fortement ralentie.
Il
est utile de noter que les bourses ont, globalement, sanctionné les résultats
de l’ensemble du secteur bancaire, d’autant plus que certains cours
d’actions ont chuté d’une manière drastique. Cependant, certains analystes
estiment que certaines banques ont montré une résilience meilleure que prévue.
La
volatilité accrue sur les marchés financiers, monétaires et des changes, est
une tendance lourde en la matière. Durant les six premiers mois de l’année
en cours, les conditions des marchés financiers internationaux se sont détériorées
davantage, à en juger par l’élargissement des marges sur les obligations des
entreprises et l’augmentation des marges pour le dollar sur les marchés monétaires,
notamment en Europe.
C’est
dans ce contexte de crise financière et de risques accrus de ralentissement de
la croissance de l‘économie mondiale que la
résurgence de l’inflation mondiale est nettement à la hausse, sous
l’effet du niveau élevé des prix des produits alimentaires et de l’énergie.
En particulier, les prix des produits de base ont atteint, au premier semestre
2008, des niveaux historiquement élevés.
Ainsi,
le taux d’inflation aux Etats-Unis a presque doublé, en glissement, de juin
2007 à juin 2008, soit 5 %. Dans la zone euro, le taux d’inflation a atteint
4 % à fin juin 2008, représentant le double de son niveau à fin juin 2007.
Les
économies émergentes et les économies en développement sont particulièrement
affectées par le regain de l'inflation. Un grand nombre de ces pays ont même
atteint un taux d’inflation à deux chiffres à fin juin 2008 ;
l’inflation constituant donc une préccupation grandissante.
De
plus, la très forte contraction des financements extérieurs et le durcissement
de leurs conditions, inhérentes à la crise financière et à la propagation de ses effets, constituent un choc externe de grande
ampleur pour une grande partie des pays en développement.
Vu
les caractéristiques particulières du contexte financier international du
premier semestre 2008, l’analyse de l’évolution de la balance des paiements
et des prix relatifs permet de cerner les canaux de transmission de l’impact
de la crise financière internationale sur l’économie algérienne.
2.
Le premier semestre de l’année 2008 a enregistré des performances très
remarquables avec un excèdent du compte courant de la balance des paiements
estimé à 22,21 milliards de dollars. Sur une base trimestrielle, les
performances en la matière sont proches, se situant à 10,84 milliards de
dollars et 11,37 milliards de dollars, et corrélées aux exportations des
hydrocarbures.
Une
telle performance en matière de balance des paiements est venue confirmer une
tendance qui est apparue en 2007, à savoir que l’excédent global de la
balance des paiements était proche du surplus courant extérieur (30,60
milliards de dollars).
Les
exportations des hydrocarbures du premier semestre 2008 sont évaluées à 41,71
milliards de dollars contre 26,94 milliards de dollars au premier semestre 2007
et 59,61 milliards de dollars pour toute l’année en 2007. L’effet prix
explique une telle performance, à mesure que le prix moyen du pétrole est de
111,5 dollars/baril au premier semestre 2008, après un passage de 74,95 dollars
pour 2007 à 99,09 dollars au premier trimestre 2008 et à 124 dollars pour le
second trimestre 2008. Les exportations d’hydrocarbures en volume du premier
semestre 2008, quant à eux, ont été légèrement en deçà de leur niveau du
premier semestre de l’année 2007.
En
effet, les cours du baril de pétrole ont ainsi dépassé leurs précédents
records sur les marchés pétroliers, en situation de forte volatilité, avec
une progression d’environ 26 % au second trimestre 2008 par rapport au premier
trimestre de l’année encours et de 74 % relativement au même trimestre de
l’année 2007.
Par
ailleurs, les exportations hors hydrocarbures ont augmenté pour atteindre 0,83
milliard de dollars au premier semestre 2008, alors que leur niveau était de
seulement 0,48 milliard de dollars au premier semestre de l’année passée.
Cependant, leur contribution à la viabilité de la balance des paiements
courants est très faible, car cette viabilité reste ancrée sur les
exportations d’hydrocarbures en contexte de progression accrue des paiements
au titre des importations des biens et services.
Le
trend haussier des importations de biens qui a caractérisé la période
2003 à 2007, particulièrement en 2007 qui a enregistré un taux de
croissance de 27,4 %, est bien confirmé au premier semestre 2008. Ainsi, leur
niveau est vite monté à 16,87 milliards de dollars, en contexte de résurgence
de l’inflation mondiale, contre 12,43 milliards de dollars au premier semestre
2007, soit un accroissement de 35
%. Le niveau des importations de biens du premier semestre 2008 est proche des
importations de l’année 2004 (17,95 milliards de dollars).
Pour
le premier semestre 2008 et par rapport à la même période de l’année passée,
l’augmentation des importations est importante aussi bien pour les produits
alimentaires (64,41 %) que pour les biens d’équipement industriels et
agricoles (53,38 %) et les demi-produits (19,57 %). La forte augmentation de
l’importation des produits alimentaires, quant à elle, est due en grande
partie à l’envolée des prix de ces produits sur les marchés internationaux.
Aussi, il est utile de souligner que les prix des produits de base et des matières
premières ont atteint au cours de ce semestre des niveaux historiquement élevés,
en termes réels, des vingt dernières années, alimentant l’inflation importée.
Tout
comme en 2007, le premier semestre 2008 se caractérise aussi par une très
forte augmentation des importations
des services non facteurs. Ces importations ont atteint 5,56 milliards de
dollars au premier semestre 2008 contre 6,93 milliards de dollars pour l’année
2007 (dont 3,3 milliards de dollars au premier semestre). Leur niveau était de
seulement 4,78 milliards de dollars en 2006. Pour le premier semestre de l’année
2008, les services de transport maritimes et aériens, les services de bâtiment
et travaux publics et les services techniques représentent 75,5 % des
importations en la matière, alors que ce taux était de 77 % en 2007. Cela est
lié, notamment, à l’exécution du budget d’équipement de l’Etat.
Avec
un équilibre de la balance des revenus et transferts courants au premier
semestre 2008, l’excédent courant extérieur (22,21 milliards de dollars) équivaut
presque à l’excédent de la balance des biens et services (21,95 milliards de
dollars).
Le
compte capital et opérations financières, quant à lui, est désormais marqué
par une tendance à l’équilibre depuis 2007, suite aux désendettement extérieur
des années 2004 à 2006. C’est dans un tel contexte que la rubrique
investissements directs étrangers (nets) est estimée à environ un milliard de
dollars au premier semestre 2008. Il importe de souligner que les acquis résultants
de la stratégie de désendettement permettent à l’Algérie d’être à
l’abri de vulnérabilité ou de choc externe inhérent à la situation de très
forte contraction des financements extérieurs et de durcissement de leurs
conditions qui prévaut.
Au
total, l’important solde global de la balance des paiements enregistré au
premier semestre 2008, soit environ 20 milliards de dollars contre seulement
12,57 milliards de dollars au premier semestre 2007, conforte fortement la
position financière extérieure et alimente, en conséquence, les réserves
officielles de change. L’encours des réserves officielles de change a
atteint, ainsi, 133,235 milliards de dollars à fin juin 2008. Il était passé
de 77,781 milliards de dollars à fin 2006 à 90,960 milliards de dollars à fin
juin 2007 et à 110,180 milliards de dollars à fin 2007.
Il
est utile de souligner que l’accroissement soutenu du niveau des réserves
officielles de change s’est conjugué avec une diversification des devises de
placement, depuis 2004, pour mieux
gérer le risque de change entre les principales devises. La conduite de cette
diversification corrélativement à la poursuite d’une gestion prudente des réserves,
en termes de niveau de risques inhérents aux instruments de placement, a permis
à la Banque d’Algérie de faire face, dans une grande mesure, aux turbulences
sur les marchés financiers internationaux, d’autant plus que la réduction de
la dette publique extérieure a été d’une grande ampleur en 2006. De plus,
la Banque d’Algérie a augmenté davantage les placements dans les actifs non
risqués.
Vu
la gravité des turbulences sur les marchés financiers internationaux et leurs
effets négatifs sur les économies émergentes et les économies en développement,
le niveau important des réserves officielles de change et la stabilisation du
taux de change effectif réel du dinar constituent, aujourd’hui, pour l’Algérie
une double garantie face à ce type de chocs externes. Cependant, le chalenge
reste de préserver la viabilité à moyen et long terme de la balance des
paiements au moyen d’une compétitivité externe hors hydrocarbures. En
particulier, la politique de taux de change doit être accompagnée par
d’autres mesures de politique économique visant à accroître la productivité
et la diversification économique.
Les
études effectuées par la Banque d’Algérie et les revues périodiques
montrent que le taux de change effectif réel du dinar est proche, depuis 2003,
de son niveau d’équilibre de long terme. Ce qui est en phase avec l’évaluation
du Fonds Monétaire International.
Il
importe de souligner, qu’aujourd’hui, la politique de taux de change est
bien en phase avec la stabilité externe, elle même ancrée sur une solidité
marquée de la position financière extérieure nette de l’Algérie. La
politique de taux de change conduite par la Banque d’Algérie, de manière
flexible, sert donc l’économie nationale.
La
Banque d’Algérie a poursuivi au premier semestre 2008 la stabilisation du
taux de change effectif réel du dinar, dans un contexte international caractérisé
par la volatilité sur les marchés financiers, monétaires et des changes et
par la résurgence de l’inflation au niveau mondial, notamment, les pays
partenaires de l’Algérie. Ce qui a nécessité un suivi plus particulier de
l’évolution à court terme des prix relatifs, pendant que le dollar américain
s’est déprécié par rapport à l’euro au cours du premier semestre 2008,
à l’exception du mois de mai, selon les cours mensuels moyens.
L’appréciation
du dinar, quant à lui, par rapport au dollar américain, notamment au second
trimestre 2008, conjuguée à un effet de balancier en matière d’évolution
du cours dinar/euro, dépréciation au premier trimestre suivi d’une appréciation
au second trimestre 2008, ont conduit à une consolidation à court terme du
taux de change effectif réel du dinar.
Sous
l’angle opérationnel, la Banque d’Algérie intervient sur le marché
interbancaire des changes pour veiller à ce que le mouvement du taux de change
nominal n’affecte pas l’équilibre de long terme du taux de change effectif
réel du dinar. Cela offre en réalité une visibilité à long terme en matière
de décisions stratégiques d’investissement et permet également aux opérateurs
économiques d’asseoir durablement leur compétitivité externe.
3.
Par ailleurs, l’amélioration de la position financière extérieure de l’Algérie
à partir de 2000 a permis de ramener les indicateurs de la dette extérieure à
des niveaux soutenables, particulièrement depuis 2004 avec la mise en œuvre
des remboursements de la dette extérieure par anticipation. La poursuite des
remboursements par anticipation au cours des années 2005 et 2006 a permis une
forte réduction de la dette publique extérieure, témoignant du succès de la
politique de désendettement extérieur de l’Algérie.
L’encours
de la dette extérieure à moyen et long terme se situe, à fin juin 2008, légèrement
au dessus de 4 milliards de dollars contre 4,889 milliards de dollars à fin
2007, soit seulement 3,6 % du produit intérieur brut, après un passage de
16,485 milliards de dollars à fin 2005 à 5,062 milliards de dollars à fin
2006.
Au
total, la mise en œuvre soutenue de la décision stratégique de réduction de
la dette extérieure de l’Algérie, a permis un emploi économiquement
efficient du surcroît de ressources, d’autant plus que les graves turbulences
sur les marchés financiers internationaux depuis mi 2007 ont conduit à un
durcissement des conditions de crédit des banques internationales. De plus, la
forte appréciation de l’euro par rapport au dollar aurait eu un important
effet de valorisation de la dette extérieure avec un effet négatif sur le
budget de l’Etat, si les remboursements par anticipation n’avaient pas été
conduits avant l’avènement de la crise financière internationale.
4.
L’analyse
de la situation monétaire consolidée au cours du premier semestre 2008, tout
comme pour l’année 2007, montre que l’évolution de la masse monétaire
continue à être tirée par celle de l’agrégat avoirs extérieurs nets,
d’autant plus que les avoirs extérieurs nets dépassent, depuis fin 2005, les
liquidités monétaires et quasi monétaires dans l’économie nationale.
En
effet, l’analyse du processus de création monétaire et des flux de fonds
fait émerger le fait que les réserves officielles de change détenues par la
Banque d’Algérie restent la première source d’expansion monétaire.
L’agrégat avoirs extérieurs nets de la situation monétaire consolidée à
fin juin 2008 est en progression de 11,8 %, contre un taux de croissance de
34,46 % pour l’année 2007. Cet agrégat s’est établi en équivalent dinars
à 8290,38 milliards à fin juin 2008, après avoir passé de 5515,05 milliards
de dinars à fin décembre 2006 à 6419,44 milliards de dinars à fin juin 2007
et à 7415,56 milliards de dinars à fin décembre 2007.
Sous
l’effet de l’expansion structurelle des avoirs extérieurs nets, la masse
monétaire s’est accrue de 10,13 % au premier semestre 2008 contre 11,97 % au
premier semestre 2007, 10,89 % au titre du second semestre 2007, et 24,17 % pour
toute l’année 2007. Ainsi, l’expansion monétaire reste élevée au premier
semestre 2008, confirmant le nouveau trend de reprise du rythme d’expansion
monétaire depuis 2005 ; un cycle baissier ayant été enregistré de 2001
à 2004. Par contre, l’accroissement de la circulation fiduciaire au premier
semestre 2008 (7,75 %) est inférieur au rythme de M2 ; le ratio monnaie
fiduciaire/masse monétaire reculant à 20,96 % à fin juin 2008 contre 21,34 %
à fin juin 2007 et 21,43 % à fin 2007.
Corrélativement,
l’évolution de la structure de la masse monétaire M2 révèle une
stabilisation de la part relative des dépôts à vue hors secteur de l’énergie
(28,15 %) et une augmentation des dépôts de ce dernier secteur relativement à
M2, soit 22,58 % à fin juin 2008 contre 21,05 % à fin décembre 2007 et 18,66
% à fin juin 2007. En outre, le ratio dépôts à terme /M2 connaît un trend
baissier, s’établissant à 28,31 % à fin juin 2008. Cela renseigne, en
particulier, sur les comportements des principaux agents économiques, surtout
dans cette période de reprise de l’expansion des liquidités monétaires et
quasi monétaires. La forte augmentation des dépôts à vue de Sonatrach (18,86
% au premier semestre 2008), dans cette conjoncture favorable, contribue
largement au fait que l’accumulation des dépôts a pour origine plus
l’accroissement des dépôts provenant du secteur public que celui provenant
du secteur privé.
En
terme de structure de dépôts selon les instruments à fin juin 2008, les dépôts
à vue auprès des banques, du Trésor public et des CCP sont montés à 64,18
%, dans le total de dépôts, contre 62,54
% à fin 2007 et 55,84 % à fin 2006, confirmant le trend haussier relativement
à l’année 2003. Au cours des cinq dernières années, cette tendance haussière
est corrélative à l’augmentation importante des dépôts à vue du secteur
public et du secteur de l’énergie, en particulier.
Par
contre, l’évolution de la structure des dépôts montre clairement le net
recul de la part des dépôts à terme en dinars à 31,10 %, du total des dépôts
à fin juin 2008, contre 32,58 % à fin 2007 et 37,71
% à fin 2006.
L’agrégat
crédits à l’économie (avant rachat de créances non performantes), en tant
que deuxième contrepartie de la masse monétaire, s’est accru de 5,15 % au
premier semestre 2008 contre 5,45 % au premier semestre de l’année passée.
Pour toute l’année 2007, l’augmentation des crédits à l’économie a été
de 15,22 % contre 12,16 % en 2006, parallèlement
à la reprise des rythmes d’expansion de l’agrégat monétaire M2.
Il
importe de souligner que cette tendance à l’augmentation de l’agrégat crédits
à l’économie fait émerger désormais l’importance du « canal »
crédit dans la transmission des effets des récents développements monétaires.
L’analyse
de la structure des crédits par secteur juridique montre qu’une plus grande
part de crédits continue à être allouée au secteur privé. A fin juin 2008
et en encours, la part de crédits distribués au secteur privé (52,95 %) est
resté stable depuis fin 2006 (52,95 %), se conjuguant avec une diminution de la
part relative des crédits non performants. De plus, l’évolution des crédits
à l’économie, sous l’angle des termes de maturités, témoigne de la
poursuite du relatif trend haussier pour les crédits à moyen et long terme. En
effet, la part relative des crédits
à moyen et long terme est passée de 49,58 % à fin décembre 2006 à 51,26 %
à fin décembre 2007, pour se situer à 50,90 % à fin juin 2008 contre
51,12 % à fin juin 2007. Il est également utile de noter que les crédits
hypothécaires ont également enregistré un élan appréciable en 2007.
La
progression des crédits à moyen et long terme est en phase avec le caractère
favorable des conditions de financement bancaire de l’économie nationale,
dans un contexte où l’augmentation des crédits d’investissement intervient
en complément au fort flux de financement en provenance de la sphère budgétaire
au titre des décaissements réalisés sur le budget d’équipement de l’Etat.
Pour le premier semestre 2008, les dépenses d’équipement sont estimées à
929,4 milliards de dinars, soit un accroissement de 58,9 % par rapport au
premier semestre de l’année 2007.
Compte
tenu de la disponibilité de fonds prêtables accrus et des besoins
d’investissements productifs, il est attendu que les crédits sains à l’économie
augmentent en 2008 et que les banques financent davantage les investissements,
d’autant plus que le stock d’épargnes financières est bien accru sur les
huit dernières années.
Des
montages financiers, notamment de type « project finance » pour des projets
d’investissement mixtes, contribueront à élargir le noyau d’absorption de
« ressources stables » des banques au cours de l’année 2008.
Il
est également attendu que les banques poursuivent d’une manière plus résolue
la nécessaire amélioration de l’évaluation, la gestion et la maîtrise des
risques de crédits, vu l’acuité de la question au niveau international.
C’est donc un ancrage nécessaire pour une contribution effective des banques
à l’amélioration de l’allocation des ressources financières dans l’économie
nationale. Pour ce faire, un renforcement des fonds propres des banques est
requis.
Dans
la situation monétaire consolidée, l’agrégat créances sur l’Etat,
contrepartie de la masse monétaire, est baissier au premier semestre 2008, sous
l’effet du désendettement progressif du Trésor et de
l’accumulation d’épargnes financières par ce dernier. Avec les ressources
accrues du Fonds de régulation des recettes, le Trésor public est le créancier
net de l’ensemble du système bancaire et ce, depuis fin 2004. Cette créance
nette est de 2889,4 milliards de dinars à fin juin 2008 contre 2193,2 milliards
de dinars à fin 2007 et 1304,1 milliards de dinars à fin 2006. Cela contribue
à la liquidité du système bancaire dans son ensemble.
Face
à la liquidité grandissante du système bancaire, le marché monétaire
interbancaire a connu une relative reprise de l’activité au cours de l'année
2007 et au premier semestre 2008, par rapport à 2006. A fin juin 2008, le
montant négocié sur ce marché est de 32,13 milliards de dinars contre 16,30
milliards de dinars à fin 2007. Les taux moyens pondérés sont restés
stables, au tour de 3,3 % à
3,4 %.
Le
trend haussier du niveau de la liquidité bancaire matérialise bien le caractère
structurel de l'excès de liquidité sur le marché monétaire. L'encours de la
liquidité bancaire est donc monté à 2597,8 milliards de dinars à fin juin
2008, après un passage de 1146,9 milliards de dinars à fin décembre 2006 à
2001,18 milliards de dinars à fin 2007, d’où une progression de 29,81 % au
premier semestre 2008.
Pour
endiguer l'excès de liquidité structurel et limiter ses effets inflationnistes
en 2007, la Banque d'Algérie a intensifié ses interventions sur le marché monétaire
au moyen des reprises de liquidité à maturités de 7 jours et 3 mois.
Cet instrument de marché a vu son rôle s’accroître significativement
par rapport à la facilité de dépôts rémunérés (facilité permanente)
et la réserve obligatoire, à partir de juin 2007, dans la conduite de
la politique monétaire.
Capitalisant
sur les efforts soutenus en matière de projection des facteurs autonomes et de
prévision de liquidité bancaire, la Banque d’Algérie a utilisé davantage
l'instrument reprises de liquidités au cours de l’année 2007, aussi bien les
reprises à sept jours que les reprises à terme (trois mois), laissant
l’utilisation flexible de la facilité de dépôts rémunérés à
l'initiative des banques.
Sous
l’angle de la conduite au jour le jour de la politique monétaire, la Banque
d'Algérie a fortement augmenté (1100 milliards de dinars contre 450 milliards
de dinars) les reprises de liquidités, en juin 2007, afin d’absorber
davantage de liquidités. Le premier semestre 2008 se caractérise par une
stabilisation du montant global des reprises de liquidités, pendant que les
banques ont utilisé plus activement la facilité de dépôts rémunérés dont
le montant est passé de 483,11 milliards de dinars à fin 2007 à 1031,75
milliards de dinars à fin juin 2008.
Quant
aux réserves obligatoires, leur taux a été ajusté à la hausse à partir de
mi janvier 2008, soit 8 % contre 6,5 %. Leur encours à fin juin 2008 est de
384,8 milliards de dinars, alors que leur niveau était de 272,1 milliards de
dinars à fin 2007.
Le
rôle de la politique monétaire dans la régulation du marché monétaire, ancré
sur les prévisions de liquidité de la Banque d’Algérie, doit être
accompagné par un progrès de la part des banques quant à la gestion du risque
de liquidité et ce, en contexte d’excès de liquidité. La question de la
gestion du risque de liquidité se pose, aujourd’hui, avec acuité à l’échelle
mondiale, mais avec une situation de crise de liquidité qui est au centre des
graves turbulences sur les marchés financiers internationaux.
Il
est utile de rappeler que les objectifs quantitatifs de croissance des agrégats
monétaires et de crédit relèvent des attributions du Conseil de la Monnaie et
du Crédit, c'est-à-dire l’autorité monétaire. Le Conseil de la Monnaie et
du Crédit a arrêté, en début d’année 2008, les objectifs de taux
d’expansion de la masse monétaire à 27
% et de taux de croissance des crédits à l’économie à 15,3 %. Le Conseil a
souligné, pour l’année 2008, l’orientation prospective de la politique monétaire
face au renforcement de l’expansion de M2 et au risque à la hausse pour
l’inflation.
Pour
s'assurer de la réalisation des objectifs de la politique monétaire en 2008,
le Conseil de la monnaie et du crédit a également examiné en début d’année
les instruments de conduite de la politique monétaire ainsi que leur pertinence
dans le contexte d’excès de liquidité structurel. Ainsi, la Banque d'Algérie
a été dotée d'une instrumentation monétaire lui permettant de continuer à
faire face à ce phénomène structurel, indice de l’existence de risques à
la hausse pour la stabilité des prix.
Si
la conduite ordonnée de la politique monétaire au cours de l’année 2007 a
permis de mener à bien la stratégie de l'objectif d'inflation, avec un taux
d’inflation de 3,5 %, en moyenne annuelle,
la montée de l’inflation en 2008 risque de constituer un « choc »
pour la stabilité des prix à moyen terme, vu la résurgence de l’inflation
au niveau mondial. De plus, la reprise significative de l'expansion monétaire
contribue de facto aux tensions inflationnistes.
En
glissement annuel, la
hausse des prix ralentit à 2,5 % en juin 2008 après avoir atteint 6,3 % en mai
et 6,4 % en avril et ce, selon les données publiées par l’Office National
des Statistiques. Cette baisse, apparemment élevée de juin 2008, s’explique
par le fait que l’indice du mois de juin de l’année 2007 était en forte
hausse.
Malgré
ce ralentissement
en juin 2008 du rythme de l’inflation en glissement annuel, l’inflation
annuelle moyenne a atteint 4,8 % au mois de juin 2008 et la série des taux
d’inflation annuelle moyenne croît sans interruption depuis plus de deux ans
(juin 2006). En effet, la tendance lourde en la matière est haussière
en 2008, même si la stabilisation du taux de change effectif réel contribue à
atténuer l’effet négatif de l’inflation
importée.
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