Cinquante-troisième réunion

16-17 avril 2026

Déclaration du Gouverneur Mohammed Lamine Lebbou Au nom de Algérie, Ghana, République islamique d'Iran, Libye, Maroc, Pakistan et Tunisie

Les perspectives de croissance mondiale demeurent extrêmement incertaines. Le conflit au Moyen-Orient a entraîné de graves souffrances humaines, ainsi que d’importantes destructions matérielles. Au-delà de son coût humanitaire, la guerre contre l’Iran a déclenché une crise économique qui a d’abord pris naissance dans le secteur de l’énergie, avant de s’étendre rapidement à d’autres secteurs. À la différence des conflits antérieurs au Moyen-Orient, les retombées actuelles se transmettent par de nouveaux canaux, notamment les chaînes d’approvisionnement mondiales et les marchés financiers, en plus des marchés traditionnels de l’énergie. Ces canaux ont propagé le choc bien au-delà de la région. En conséquence, la croissance mondiale devrait s’affaiblir davantage, tandis que les pressions inflationnistes se renforcent.

Nous formons l’espoir sincère que le cessez-le-feu naissant, assorti d’une échéance, tiendra et évoluera vers une paix durable et juste. Un règlement durable des guerres serait essentiel non seulement pour atténuer les souffrances humaines, mais aussi pour rétablir la confiance, stabiliser les chaînes d’approvisionnement et favoriser une normalisation progressive de la conjoncture économique mondiale.

La croissance demeure entravée par la persistance des perturbations liées aux conflits. Si les chaînes d’approvisionnement peuvent se normaliser relativement rapidement une fois la paix rétablie, la reconstruction des infrastructures endommagées jusqu’à leur niveau d’avant-conflit exigera un temps considérable, même en l’absence de contraintes de financement. Cette réalité impose des contraintes matérielles sur les capacités productives et revêt d’importantes implications pour l’élaboration des politiques.

Les risques pesant sur les perspectives demeurent nettement orientés à la baisse. Il s’agit notamment d’une nouvelle escalade du conflit, de la fragmentation des échanges, d’une réévaluation des prix des actifs, de préoccupations croissantes quant à la viabilité des finances publiques, ainsi que de l’affaiblissement des institutions nationales et internationales. S’il existe des risques à la hausse — tels que des gains de productivité supérieurs aux attentes résultant de réformes structurelles ou de nouvelles technologies —, ceux-ci ne sont guère susceptibles de compenser les risques baissiers prédominants.

Les résultats de croissance devraient demeurer très contrastés selon les pays, reflétant des différences dans l’importance relative des canaux de transmission et dans les caractéristiques structurelles sous-jacentes. Cette divergence est susceptible de s’accentuer dans les économies présentant des vulnérabilités budgétaires et extérieures préexistantes. Les pays de ma circonscription offrent une illustration claire de ces effets asymétriques.

  • Les pays exportateurs d’énergie peuvent enregistrer un renforcement de leurs positions budgétaires et extérieures du fait de la hausse des prix de l’énergie. L’Algérie contribue activement au soutien du marché de l’énergie par des efforts soutenus visant à accroître ses exportations de gaz naturel vers l’Union européenne.
  • À l’inverse, les pays touchés par le conflit au sein de la zone de guerre, tels que l’Iran, ont subi de lourds dommages, en particulier aux infrastructures énergétiques, ainsi qu’à des secteurs clés, notamment les transports, l’industrie, la santé et l’éducation. Ces pertes l’emportent de loin sur les éventuels gains liés à la hausse des prix de l’énergie, en particulier compte tenu des effets des sanctions qui restreignent l’accès au commerce international et aux marchés financiers.
  • Les économies importatrices d’énergie subissent des effets défavorables à travers l’alourdissement de leur facture d’importation, ce qui pèse sur leurs équilibres budgétaires et extérieurs. Ces pressions peuvent être aggravées par des canaux supplémentaires, tels qu’une baisse des envois de fonds, un recul des recettes touristiques, un durcissement des conditions financières et un ralentissement des entrées de capitaux, effets qui peuvent être particulièrement prononcés dans des pays présentant des vulnérabilités préexistantes, comme le Pakistan et le Ghana.
  • Les pays à faible revenu, y compris l’Afghanistan, sont vraisemblablement ceux qui subiront les conséquences les plus graves, compte tenu de la part élevée de l’alimentation dans la consommation des ménages, de l’insuffisance des filets de sécurité sociale et de niveaux de pauvreté déjà élevés.

Dans de nombreux pays, y compris plusieurs de ma circonscription, la crise a considérablement compliqué les arbitrages de politique économique. Dans un environnement caractérisé par une incertitude persistante et des chocs récurrents, des politiques agiles et crédibles sont indispensables.

  • La politique monétaire doit demeurer résolument axée sur la stabilité des prix. Un renforcement de la flexibilité du taux de change peut aider les économies à absorber les chocs, en particulier dans les pays importateurs de produits alimentaires et d’énergie confrontés à des pressions sur la balance des paiements. Là où les sorties de capitaux font peser des risques imminents, cette flexibilité peut devoir être complétée par des interventions sur le marché des changes, des mesures de gestion des flux de capitaux et des instruments macroprudentiels. Dans les régimes de change arrimé, des ajustements rapides des taux directeurs demeurent essentiels pour préserver la crédibilité, en particulier dans un contexte de primes de risque élevées. Une communication transparente et cohérente sera déterminante, compte tenu notamment de la nature évolutive du choc.
  • La politique budgétaire doit appuyer la politique monétaire tout en continuant de protéger les ménages vulnérables, en particulier à mesure que la hausse des prix alimentaires accroît les risques d’insécurité alimentaire et de pauvreté. Dans le même temps, les mesures doivent s’inscrire fermement dans des cadres budgétaires crédibles à moyen terme et faire l’objet d’une communication claire afin de préserver la crédibilité de l’action publique. Lorsque des recettes additionnelles existent, elles devraient être utilisées pour reconstituer des marges de manoeuvre budgétaires.
  • Les politiques financières doivent viser à renforcer les cadres réglementaires et prudentiels, ainsi qu’à suivre de près les risques émergents. En particulier, les risques liés à la numérisation financière, y compris les crypto-actifs, ainsi qu’aux institutions financières non bancaires, doivent être pleinement compris et efficacement atténués.

Une gouvernance internationale solide demeure essentielle au bon fonctionnement de l’économie mondiale. Des cadres multilatéraux efficaces peuvent contribuer à réduire la fréquence et la gravité des chocs en facilitant des ajustements de politiques coordonnés et ordonnés. En tant que pierre angulaire de la gouvernance économique internationale, le Fonds a un rôle déterminant à jouer. Nous saluons les travaux du Fonds sur le traitement des déséquilibres extérieurs excessifs dans les grandes économies et soulignons l’importance d’intégrer systématiquement l’analyse du secteur extérieur dans la surveillance, y compris l’évaluation des retombées des politiques menées dans les économies d’importance systémique, sur les pays plus petits et plus vulnérables.

Nous nous félicitons du Programme d’action mondiale de la Directrice générale, qui garantit un soutien durable du FMI aux pays membres à travers les conseils de politique économique, le développement des capacités et l’assistance financière. Nous prenons note des examens de politique majeurs actuellement en cours, notamment l’Examen global de la surveillance, l’Examen du Programme d’évaluation du secteur financier, l’Examen de la conception des programmes et de la conditionnalité, ainsi que l’Examen de la politique d’accès exceptionnel, et nous attendons avec intérêt leur achèvement en temps opportun afin de renforcer davantage le cadre institutionnel du Fonds.

Enfin, nous appuyons les Principes directeurs de Diriyah sur la réforme des quotes-parts et de la gouvernance et soulignons la nécessité de poursuivre les progrès dans le programme de réforme de la gouvernance du Fonds. Nous appelons les membres qui ne l’ont pas encore fait à achever sans plus tarder leurs procédures nationales d’approbation du consentement à l’augmentation des quotes-parts au titre de la Seizième Révision générale des quotes-parts (RGQ), et nous insistons sur l’importance de faire progresser les discussions dans le cadre de la Dix-septième RGQ.